Le IN fait genre

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Carole Thibaut © CécileDureuxThéâtredesIlets

Cette année, le Festival d’Avignon IN –dirigé par Olivier Py– est consacré à la thématique du genre. Parmi les événements au programme de cette édition, David Bobée encadre le feuilleton citoyen quotidien Mesdames, messieurs et le reste du monde qui interroge le déplacement des représentations. C’est dans ce cadre qu’a été organisée le 13 juillet dernier au jardin Ceccano la première cérémonie des Molières non raciste et non genrée. À cette occasion, la théâtrice Carole Thibaut a été récompensée du «Catherine Bernard-Jeanne Laurent de celle qui fait tout». Voici le texte qu’elle a lu au moment d’aller chercher son prix : Lire la suite

À la bonne distance

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Dominique Reymond (autoportrait)

Rencontre avec Dominique Reymond. Lire la suite

Solitudes réconciliées

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Partageant chacune une rive du même océan, notre entrevue ne pouvait avoir lieu que dans un espace aux frontières vagues. Après à peine quelques secondes d’appel vidéo, l’image se fige. Un comble pour cette femme qui refuse de se réfugier derrière les images figées, surtout celles des stéréotypes et des idées reçues.

Pascale Drevillon

En arrière-plan, un mur recouvert de ses inspirations et de ses souvenirs. Un miroir parfaitement rond encerclé d’ampoules qui grimpent le long des courbes forgées. Une affiche de spectacle exposant une banane en train de se déshabiller de sa peau. Le décor est planté.

Au cours de l’échange, tantôt elle répond à mes questions, tantôt elle m’envoie les siennes dans un virage. Here and there, elle arrose ses mots d’un peu d’anglais parce que why not après tout. Puis, au hasard de la conversation, elle délivre cette phrase impossible à caser, cette phrase qui ne rentre pas dans le cadre posé par l’entrevue mais qui se doit absolument d’exister quand même : «La valeur du dialogue, c’est donner du pouvoir à l’autre.» La réconciliation est sa clé.

Rencontre avec la comédienne et performeuse québécoise Pascale Drevillon. Lire la suite

Les petits secrets

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On se donne rendez-vous à Gare de Lyon / non sous la grande horloge près du portillon / mais plutôt au café Minute Papillon.

Marie-Sohna Condé © Zoé Bruneau

Elle ne souhaite pas connaître les questions avant notre rendez-vous ni relire l’entrevue avant sa publication. Sa confiance en l’autre est immédiate. Elle n’appréhende pas l’inconnu comme un piège mais comme une occasion.

Au moment de notre rencontre, elle ne sait pas encore qu’elle participera à la fin du mois de mai au festival des Mises en capsules. Elle ne sait pas encore qu’elle et cinq de ses complices actrices se réuniront à cette occasion pour créer collectivement Bouches cousues, courte forme théâtrale autour du mouvement #MeToo, qu’elle mettra en scène. En attendant de donner à entendre sur le plateau du Ciné 13 Théâtre les paroles libérées de ces femmes, elle ouvre bien grand sa bouche à elle pour s’emparer de son droit à l’expression, se rouler dedans et l’exercer.

La pierre ponce est une roche volcanique très poreuse dont la densité lui permet de flotter à la surface de l’eau. La comédienne et metteuse en scène Marie-Sohna Condé a tout d’une ponce. Rencontre. Lire la suite

Besoin d’air

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Nous nous installons dans le sous-sol désert du Théâtre National de la Colline à Paris. Les voix se désagrègent dans leurs éclats et se réchauffent par la caféine. Ou l’inverse. Il est 10h du matin. Une heure grasse pour les autres mais une aube pour les artistes nocturnes.

Érika Gagnon © Vincent Champoux

Elle est une femme de théâtre, entièrement. Elle est une «fille de Québec», décidément. Rencontre avec la comédienne et metteuse en scène québécoise Érika Gagnon. Lire la suite

Passage de relais

Alors qu’elle évoque l’effacement de la mémoire des œuvres des femmes, elle vient à bout de la mémoire de tous les appareils d’enregistrement utilisés pour l’entrevue. Un comble. Notre rencontre a lieu dans un café porte d’Orléans, au sud de la capitale. Quand nous aurons terminé, elle pourra facilement rejoindre sous les rafales de pluie et de brume la route qui la reconduira chez elle, à Montluçon, où elle dirige le Théâtre des Îlets – Centre Dramatique National.

Elle mord dans chaque question et y répond comme on lance des couteaux. Tout le monde en prend pour son grade, les hommes comme les femmes. Elle n’épargne personne, pas même elle-même. Au menu, les généralités et les concessions sont rayées de la carte. Au menu, on cuisine les petites andouilles et les gros égos. Au menu, la spécialité de la cheffe : tout ce qui peut se manger cru, saignant ou à point.

Carole Thibaut © CécileDureuxThéâtredesIlets

Rencontre avec l’autrice, directrice du CDN de Montluçon, actrice et metteuse en scène Carole Thibaut. Lire la suite

L’action comme gage de confiance

Féministe théâtrale engagée, elle codirige avec son amie comédienne Marie-Claude St-Laurent la compagnie du Théâtre de l’Affamée dont le mandat est d’aborder la création par une analyse féministe, de l’écriture jusqu’à la production, notamment en mettant à l’avant-plan des personnages féminins riches et complexes. Féministe théâtrale engagée, elle est une membre active du groupe Femmes pour l’Équité en Théâtre visant à nous sensibiliser à la sous-représentation des femmes dans la création théâtrale québécoise et à promouvoir leur travail. Féministe théâtrale engagée, elle vient de faire paraître avec son amie Marie-Claude et son autre amie Marie-Claude –qu’elle surnomme affectueusement «Garneau et St-Lo»– le livre La Coalition de la Robe consacré aux femmes dans le milieu théâtral québécois.

Marie-Ève Milot © Simon Gosselin

Notre entrevue a lieu au cœur de l’aventure théâtrale la plus intense de son parcours. Nous sommes le matin du 2 décembre dans une brasserie qui, dit-elle en riant, «a l’allure d’un vieux garage du Mile-End». Ce samedi il pleut. Dans quelques heures, elle donnera sa dernière représentation au Théâtre National de la Colline à Paris, où elle porte seule la pièce Les Barbelés d’Annick Lefebvre mise en scène par Alexia Bürger. Sa voix est chargée de l’accumulation de sa fatigue, de l’humidité froide de l’air parisien auquel elle ne s’accommode pas, des deux cafés-crème qu’elle engloutit comme si c’était de l’eau, de l’émotion des dernières heures de son aventure française, et de son amusement devant le contraste entre le ton formel de notre entretien et la familiarité de notre complicité.

Rencontre avec la comédienne, autrice et metteuse en scène québécoise Marie-Ève Milot. Lire la suite

Notre devoir d’être féministe

Solenn Denis

La fraîcheur de l’automne parisien semble rude pour cette artiste actuellement en résidence de création dans la capitale. Elle me donne rendez-vous près d’un pont qui surplombe des rangées de chemins de fer. À la voir se frigorifier de seconde en seconde, on peut imaginer qu’elle regarde passer les trains avec l’envie brûlante de prendre le prochain qui la reconduirait chez elle, dans le sud, à Bordeaux. Mais sa perspective de chaleur ne dépassera pas les rebords de son assiette de pâtes au saumon qu’elle commande au seul restaurant du coin ouvert ce lundi-là : «Des pâtes au saumon, ça va me tenir chaud. Et ça va me caler. C’est précisément ce qu’il me faut.»

Dans sa voix, on entend une volonté solide dénuée de toute aigreur. Dans son regard, on voit son étonnement permanent et joyeux face à ses observations. Dans son coup de fourchette, l’appétit d’en découdre. Rencontre avec l’autrice, comédienne et metteuse en scène Solenn Denis. Lire la suite

Le crachoir à révolte

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Elle s’apprête à participer à la troisième édition parisienne du festival Jamais Lu au Théâtre Ouvert à Paris. C’est dans ce même festival, lors de l’édition montréalaise de l’année 2009, qu’elle présente en lecture Ce samedi il pleuvait, son tout premier texte dramatique. Elle ne peut se douter de la trajectoire que prendra dès lors son parcours professionnel. Celle qui se destinait initialement à la critique théâtrale se retrouve au fil des rencontres à explorer la fibre de son écriture. Depuis, elle déploie sa plume libre et radicale dans l’univers théâtral québécois.

Annick Lefebvre

C’est par une journée de septembre, le steak à même l’herbe du parc La Fontaine à Montréal, que notre entrevue a eu lieu. Ce jeudi il soleillait. Nous nous sommes retrouvées à l’issue d’une répétition de sa prochaine création, Les Barbelés, qui sera présentée en novembre au Théâtre National de la Colline à Paris avant de retrouver le Québec la saison prochaine.

Rencontre avec la fille qui n’a pas peur de grand-chose. Rencontre avec la fille qui transforme sans crier ses crachats en encriers. Rencontre avec l’autrice québécoise Annick Lefebvre.  Lire la suite

Libre d’être moi

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«La parole apaise la colère»

Jeunes textes en liberté est né en 2015, grâce à ses créateurs Penda Diouf et Anthony Thibault. «Il s’agit d’un festival itinérant de lectures de textes contemporains de théâtre. Nous avons deux axes : le premier axe consiste en la valorisation des auteurs de théâtre et des textes contemporains ; le second s’attaque à la question de la diversité, celle de la narration –ce qui est raconté sur les plateaux– et celle de la représentation ethnique. Notre objectif est de composer des équipes artistiques et un comité de lecture représentatifs de la société. Qu’il y ait de la diversité, des hommes, des femmes, des moins jeunes, des plus jeunes, tous types de physiques et de corps sur le plateau. Sans le dire, nous faisons des quotas (rire). Nous voulons toucher particulièrement des gens qui ne fréquentent pas les théâtres.»

Heureuse qui comme Penda Diouf a fait un beau voyage

Le 26 juin 2017, le Théâtre Antoine accueille la troisième édition des Intrépides, soirée organisée par la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques. Six autrices pour un thème : le courage. Ce soir-là, Penda Diouf présente son texte Pistes. C’est l’histoire d’une femme noire voyageant seule en Namibie.

Penda Diouf

«Parler de soi sur scène est une forme de courage, celui d’assumer qui l’on est, ses points forts comme ses faiblesses, les difficultés qu’on a pu rencontrer. S’assumer n’est pas nécessairement héroïque mais est important. Je voulais aussi briser le tabou de la dépression et des tentatives de suicide. Cela arrive à tout le monde. Il peut y avoir des trajectoires, des accidents de vie, des fragilités. Mais ce n’est pas grave, on peut s’en remettre puisqu’on peut ensuite se trouver sur une scène pour en parler. Je m’étais dit : puisque je n’en peux plus au point d’être prête à me suicider, autant réinvestir cette énergie-là dans un projet qui me fasse vraiment plaisir. La Namibie, c’était mon rêve depuis toute petite. J’y ai découvert un pays incroyable, magnifique, qui a en même temps vécu des horreurs dont personne n’a jamais parlé.»

*

Jour de fermeture, les locaux sont déserts. Les rayons solaires s’étalent sur les rayons solitaires de la médiathèque Ulysse, à Saint-Denis. C’est un lieu familier pour Penda Diouf puisqu’elle en est depuis quatre ans la directrice. Son temps non-bibliothécaire, elle le consacre à l’écriture de pièces de théâtre ainsi qu’à la co-organisation du label Jeunes textes en liberté.

Et surtout créer dans le temps
Du plaisir à être ensemble, se connaître, se rencontrer
Du plaisir à écouter les paroles d’un autre et à échanger
Du plaisir à voir le monde représenté tel qu’il est aujourd’hui, par ses histoires et les artistes sur le plateau
«La parole apaise la colère» et c’est notre devoir à nous, artistes, citoyens, spectateurs de rendre ça possible.

Rencontre avec l’autrice Penda Diouf. Lire la suite