Connaissance et reconnaissance

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L’association Le deuxième texte a pour objectif de redonner leur place aux femmes de lettres dans le canon littéraire enseigné en France. Elle développe une plateforme web pour permettre aux profs de lettres de partager des extraits de textes écrits par des femmes. Elle réalise un travail minutieux de statistiques et de recensements en lien avec les autrices, majoritairement du domaine public. Le deuxième texte est également à l’initiative du défi #JeLaLis, concours ayant pour principe de choisir une autrice francophone oubliée et de trouver, grâce aux ressources mises à disposition et/ou à un travail personnel de recherche, des moyens inventifs de lui donner de la visibilité. Des prix récompensent les plus belles mises en lumière des autrices et de leurs œuvres.

À l’occasion des 400 ans de Molière et des 350 ans de la création de sa pièce Les Femmes savantes, l’association a décidé de dédier l’édition 2022 de #JeLaLis aux théâtrices et aux femmes de presse. C’est dans ce contexte que j’ai été contactée par Le deuxième texte et fait la rencontre de l’un de ses membres, Philippe Gambette, qui m’a proposé une collaboration. En cherchant la meilleure façon d’unir l’univers de nos deux plateformes, l’évidence est apparue d’elle-même.

S’il existe une personne en France qui incarne parfaitement la symbiose entre le travail de l’association Le deuxième texte et celui du blog des Théâtrices, c’est bien elle. Unique en ses genres, cette metteuse en scène, dramaturge, directrice artistique de la compagnie La Subversive, autrice et comédienne est également chercheuse consacrée à l’histoire de l’Ancien Régime. Son intérêt se porte particulièrement sur les rapports femmes-hommes et la question du genre dans les arts du spectacle, notamment par la mise en valeur du matrimoine et des créatrices passées. C’est notamment à elle et à ses recherches que l’on doit le retour du mot « autrice » dans notre vocabulaire. L’ensemble de son travail – créations, recherches, conférences, etc. – s’inscrit dans une volonté farouche de filiation et une démarche nécessaire de rendre le matrimoine vivant. 

Notre entrevue a lieu face au château de Vincennes, site emblématique de notre patrimoine politique, et à quelques foulées du Théâtre du Soleil dirigé par Ariane Mnouchkine, figure emblématique de notre matrimoine culturel. Notre entrevue a lieu dans la dernière ligne droite avant le festival d’Avignon où elle présentera Contes des fées de Marie-Catherine d’Aulnoy. Elle vient accompagnée de livres, carnets et pages de notes. Rigoureuse, comme toujours. Dès l’instant où sa parole s’anime, toute la fatigue dont elle s’excusait en arrivant semble déjà d’un lointain passé lui aussi oublié.

Rencontre avec Aurore Evain.

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Retour

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Ce blog est né d’un constat : on n’accorde pas suffisamment de visibilité aux femmes du milieu théâtral. Ce blog est né de ma volonté d’un meilleur équilibre et d’une plus grande équité quant à la reconnaissance de leur contribution. Ce blog est né de mon intérêt pour les créatrices, pour leurs ambitions, leurs visions, leurs projets, leurs parcours.

À l’été 2018, en souffrance articulaire et tendineuse, il m’a fallu suspendre les publications. Dans mon esprit alors, cette interruption n’allait durer que quelques semaines, le temps de soulager les douleurs et me réparer. Mais mon état de santé a continué de se dégrader. À un point tel qu’en 2020, j’ai dû mettre également un terme à ma propre pratique théâtrale professionnelle.

Chaque entrevue requiert de nombreuses heures de travail. Ce travail, je l’ai toujours traversé dans la joie, galvanisée par la confiance que les théâtrices m’accordaient. Ce travail exige rigueur, discipline et endurance pour que le résultat soit à la hauteur de la parole des théâtrices et leur fasse honneur.

Rencontrer les théâtrices me manque infiniment. Grâce au soutien de mon entourage, je me lance donc dans une nouvelle façon de faire. Je travaillerai désormais en binôme ou en équipe, me faisant aider pour les missions les plus longues et physiquement éprouvantes à accomplir (les retranscriptions, par exemple). Avec toujours pour ambition d’offrir un espace de parole respectueux et libre.

Tout ce temps, si je n’ai jamais désespéré de pouvoir reprendre mon blog et si ma flamme est restée intacte malgré cette longue suspension, c’est parce qu’en 2022, l’existence du blog des Théâtrices garde toujours un sens vivace, profond, puissant, joyeux, passionné, nécessaire.

À bientôt…

Le IN fait genre

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Carole Thibaut © CécileDureuxThéâtredesIlets

Cette année, le Festival d’Avignon IN –dirigé par Olivier Py– est consacré à la thématique du genre. Parmi les événements au programme de cette édition, David Bobée encadre le feuilleton citoyen quotidien Mesdames, messieurs et le reste du monde qui interroge le déplacement des représentations. C’est dans ce cadre qu’a été organisée le 13 juillet dernier au jardin Ceccano la première cérémonie des Molières non raciste et non genrée. À cette occasion, la théâtrice Carole Thibaut a été récompensée du «Catherine Bernard-Jeanne Laurent de celle qui fait tout». Voici le texte qu’elle a lu au moment d’aller chercher son prix : Lire la suite

À la bonne distance

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Dominique Reymond (autoportrait)

Rencontre avec Dominique Reymond. Lire la suite

Solitudes réconciliées

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Partageant chacune une rive du même océan, notre entrevue ne pouvait avoir lieu que dans un espace aux frontières vagues. Après à peine quelques secondes d’appel vidéo, l’image se fige. Un comble pour cette femme qui refuse de se réfugier derrière les images figées, surtout celles des stéréotypes et des idées reçues.

Pascale Drevillon

En arrière-plan, un mur recouvert de ses inspirations et de ses souvenirs. Un miroir parfaitement rond encerclé d’ampoules qui grimpent le long des courbes forgées. Une affiche de spectacle exposant une banane en train de se déshabiller de sa peau. Le décor est planté.

Au cours de l’échange, tantôt elle répond à mes questions, tantôt elle m’envoie les siennes dans un virage. Here and there, elle arrose ses mots d’un peu d’anglais parce que why not après tout. Puis, au hasard de la conversation, elle délivre cette phrase impossible à caser, cette phrase qui ne rentre pas dans le cadre posé par l’entrevue mais qui se doit absolument d’exister quand même : «La valeur du dialogue, c’est donner du pouvoir à l’autre.» La réconciliation est sa clé.

Rencontre avec la comédienne et performeuse québécoise Pascale Drevillon. Lire la suite

Les petits secrets

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On se donne rendez-vous à Gare de Lyon / non sous la grande horloge près du portillon / mais plutôt au café Minute Papillon.

Marie-Sohna Condé © Zoé Bruneau

Elle ne souhaite pas connaître les questions avant notre rendez-vous ni relire l’entrevue avant sa publication. Sa confiance en l’autre est immédiate. Elle n’appréhende pas l’inconnu comme un piège mais comme une occasion.

Au moment de notre rencontre, elle ne sait pas encore qu’elle participera à la fin du mois de mai au festival des Mises en capsules. Elle ne sait pas encore qu’elle et cinq de ses complices actrices se réuniront à cette occasion pour créer collectivement Bouches cousues, courte forme théâtrale autour du mouvement #MeToo, qu’elle mettra en scène. En attendant de donner à entendre sur le plateau du Ciné 13 Théâtre les paroles libérées de ces femmes, elle ouvre bien grand sa bouche à elle pour s’emparer de son droit à l’expression, se rouler dedans et l’exercer.

La pierre ponce est une roche volcanique très poreuse dont la densité lui permet de flotter à la surface de l’eau. La comédienne et metteuse en scène Marie-Sohna Condé a tout d’une ponce. Rencontre. Lire la suite

Besoin d’air

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Nous nous installons dans le sous-sol désert du Théâtre National de la Colline à Paris. Les voix se désagrègent dans leurs éclats et se réchauffent par la caféine. Ou l’inverse. Il est 10h du matin. Une heure grasse pour les autres mais une aube pour les artistes nocturnes.

Érika Gagnon © Vincent Champoux

Elle est une femme de théâtre, entièrement. Elle est une «fille de Québec», décidément. Rencontre avec la comédienne et metteuse en scène québécoise Érika Gagnon. Lire la suite

Passage de relais

Alors qu’elle évoque l’effacement de la mémoire des œuvres des femmes, elle vient à bout de la mémoire de tous les appareils d’enregistrement utilisés pour l’entrevue. Un comble. Notre rencontre a lieu dans un café porte d’Orléans, au sud de la capitale. Quand nous aurons terminé, elle pourra facilement rejoindre sous les rafales de pluie et de brume la route qui la reconduira chez elle, à Montluçon, où elle dirige le Théâtre des Îlets – Centre Dramatique National.

Elle mord dans chaque question et y répond comme on lance des couteaux. Tout le monde en prend pour son grade, les hommes comme les femmes. Elle n’épargne personne, pas même elle-même. Au menu, les généralités et les concessions sont rayées de la carte. Au menu, on cuisine les petites andouilles et les gros égos. Au menu, la spécialité de la cheffe : tout ce qui peut se manger cru, saignant ou à point.

Carole Thibaut © CécileDureuxThéâtredesIlets

Rencontre avec l’autrice, directrice du CDN de Montluçon, actrice et metteuse en scène Carole Thibaut. Lire la suite

L’action comme gage de confiance

Féministe théâtrale engagée, elle codirige avec son amie comédienne Marie-Claude St-Laurent la compagnie du Théâtre de l’Affamée dont le mandat est d’aborder la création par une analyse féministe, de l’écriture jusqu’à la production, notamment en mettant à l’avant-plan des personnages féminins riches et complexes. Féministe théâtrale engagée, elle est une membre active du groupe Femmes pour l’Équité en Théâtre visant à nous sensibiliser à la sous-représentation des femmes dans la création théâtrale québécoise et à promouvoir leur travail. Féministe théâtrale engagée, elle vient de faire paraître avec son amie Marie-Claude et son autre amie Marie-Claude –qu’elle surnomme affectueusement «Garneau et St-Lo»– le livre La Coalition de la Robe consacré aux femmes dans le milieu théâtral québécois.

Marie-Ève Milot © Simon Gosselin

Notre entrevue a lieu au cœur de l’aventure théâtrale la plus intense de son parcours. Nous sommes le matin du 2 décembre dans une brasserie qui, dit-elle en riant, «a l’allure d’un vieux garage du Mile-End». Ce samedi il pleut. Dans quelques heures, elle donnera sa dernière représentation au Théâtre National de la Colline à Paris, où elle porte seule la pièce Les Barbelés d’Annick Lefebvre mise en scène par Alexia Bürger. Sa voix est chargée de l’accumulation de sa fatigue, de l’humidité froide de l’air parisien auquel elle ne s’accommode pas, des deux cafés-crème qu’elle engloutit comme si c’était de l’eau, de l’émotion des dernières heures de son aventure française, et de son amusement devant le contraste entre le ton formel de notre entretien et la familiarité de notre complicité.

Rencontre avec la comédienne, autrice et metteuse en scène québécoise Marie-Ève Milot. Lire la suite

Notre devoir d’être féministe

Solenn Denis

La fraîcheur de l’automne parisien semble rude pour cette artiste actuellement en résidence de création dans la capitale. Elle me donne rendez-vous près d’un pont qui surplombe des rangées de chemins de fer. À la voir se frigorifier de seconde en seconde, on peut imaginer qu’elle regarde passer les trains avec l’envie brûlante de prendre le prochain qui la reconduirait chez elle, dans le sud, à Bordeaux. Mais sa perspective de chaleur ne dépassera pas les rebords de son assiette de pâtes au saumon qu’elle commande au seul restaurant du coin ouvert ce lundi-là : «Des pâtes au saumon, ça va me tenir chaud. Et ça va me caler. C’est précisément ce qu’il me faut.»

Dans sa voix, on entend une volonté solide dénuée de toute aigreur. Dans son regard, on voit son étonnement permanent et joyeux face à ses observations. Dans son coup de fourchette, l’appétit d’en découdre. Rencontre avec l’autrice, comédienne et metteuse en scène Solenn Denis. Lire la suite