Léonie Casthel

Léonie Casthel : autrice | Autour d’une jupe trop courte

[Réponse collective]

Léonie Casthel. Étant contre les hiérarchies, je ne serai jamais ministre de la culture. Voilà.(rires) À vous, les filles !

Chloé Simoneau. La question est compliquée parce qu’il s’agit d’un haut niveau de responsabilité. On en revient toujours à reprocher aux politiques de faire des promesses non-tenues. Le ministre de la culture a très peu de pouvoir, finalement. Il fait ce qu’il peut, dans un idéal.

Léonie. N’ayons pas peur des quotas. En France, on en a très peur. Les quotas existent déjà mais sont au bénéfice des hommes. Le Conservatoire, par exemple, prend 50% de garçons et 50% de filles. Sauf que les filles sont plus nombreuses que les garçons à pratiquer le théâtre.

Chloé. Tu penses qu’il faudrait faire des quotas proportionnels ?

Léonie. La question mérite en tout cas d’être posée. Si les quotas existent et ne posent aucun problème, c’est parce qu’ils sont au bénéfice des hommes. Or, dès qu’il s’agit d’en imposer ailleurs, on crie au scandale. Il y a un problème.

Blandine Pélissier. Autre problème : la représentation sur scène. Pourquoi les rôles masculins sont-ils forcément joués par des hommes ? Ils pourraient être joués par des femmes. Le théâtre est une convention. Qu’il faut faire sauter.

Julie Ménard. Il faudrait appliquer des quotas sur les pièces. Jouer 70% d’auteurs vivants dans les théâtres !

Blandine. Un gros travail est par ailleurs à faire dans les écoles d’enseignement artistique. Faisons entrer à l’école et dans les enseignements artistiques des artistes femmes du passé. Les pièces imposées au concours d’entrée du Conservatoire ne sont que des pièces d’hommes, à part Hélène Cixous ou Marguerite Duras de temps en temps.

Chloé. Si j’étais ministre de la culture, je reverrais les aides. La baisse des budgets provoque un saupoudrement massif. On donne une petite part à chacun et finalement tout le monde galère. Je connais un artiste, Woudi, qui ne rentre pas dans les cases. Il fait un travail de l’ordre de la sensibilisation, avec de la musique, du spectacle vivant… Les DRAC [ndlr : Direction Régionale des affaires culturelles] sont divisées en plusieurs cases : musique, danse, théâtre, multimédia, etc. Ce que fait Woudi ne lui permet pas d’obtenir facilement des aides. Comment défendre ses projets et expliquer ses mélanges quand ils ne rentrent dans aucune case ? Les questions administratives complexifient l’accès aux aides.

Julie. Si j’étais ministre de la culture, je défendrais les statuts des artistes. Je défendrais les artistes. En résumé : je défendrais mon ministère.

Chloé. Mon cheval de bataille réside dans le clivage entre théâtre privé et théâtre public. Je trouve cette barrière dommage. Même si les systèmes de financements diffèrent, cela reste de la création artistique, du théâtre. Les premiers à en pâtir sont les artistes, les comédiens. Toute expérience, qu’elle soit dans le privé ou le public, est bonne à prendre (dans une certaine mesure, évidemment). D’autre part, je me pencherais sur le cas des petites salles parisiennes où l’on fait croire aux jeunes compagnies qu’elles peuvent jouer, avoir une visibilité. Alors qu’en réalité tout le monde est ruiné et les artistes jamais payés. J’ignore comment il faudrait éradiquer ce problème : soit en empêchant l’existence de ces théâtres, soit en aidant davantage ces petites salles afin que les artistes n’en pâtissent plus. Ou une coréalisation. On ne devrait pas se retrouver à payer pour jouer.

Julie. Je propose que l’on ne vende plus les disques et ne montre plus les films de ceux qui ne paient pas leurs impôts en France. (rires) Les exclure. Ne plus écouler leurs disques. Ne plus financer leurs projets.

Léonie. Pour en revenir à cette histoire de quota et de diversité, l’anonymat des candidatures peut être une issue. Certains orchestres ont commencé à faire passer les auditions derrière un paravent afin d’éviter les passe-droits. Curieusement, des femmes et des Noirs ont brusquement intégré les orchestres. On ne les voyait pas avant. On a même prodigué aux femmes des conseils : éviter de porter des talons, marcher d’un pas assuré pour que le jury ne devine pas que ce sont des femmes, etc.(rires) Dans bon nombre de domaines, il ne serait pas compliqué d’officialiser l’anonymat des candidatures. Pour les concours d’écriture ou les demandes d’aides à la création, notamment. Il n’est pas difficile de cacher un nom, de faire des CV anonymes. Si j’étais ministre de la culture je systématiserais l’anonymat des candidatures dès que possible.

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