Marie-Ève Milot

Marie-Ève Milot : comédienne, autrice, metteuse en scène | L’action comme gage de confiance

Je viens de passer un mois dans les murs du Théâtre de la Colline à Paris. J’ai constaté que beaucoup d’étudiants viennent au théâtre et rencontrent les artistes. C’est essentiel. La transmission commence à l’école. L’éducation doit servir à donner des clés. Aller au théâtre peut ouvrir des portes et façonner des êtres humains. C’est aussi capital que la philosophie ou la littérature. Pour cela, des structures doivent nous aider. C’est magnifique de pouvoir jouer dans une salle où toutes les générations se côtoient. Il faut réunir tous les publics. Je comprends que nos infrastructures ne disposent pas d’autant de moyens que des lieux comme le Théâtre de la Colline mais n’est-il pas beau de permettre aux jeunes d’accéder au théâtre ? Certains y viennent pour la première fois, ils sont préparés, ils peuvent rencontrer les artistes. Le théâtre devient un lieu de discussion et de réflexion. Cela dépasse l’idée de «sortie culturelle». On y apprend à être ensemble, à réfléchir ensemble, à n’être pas d’accord, à être d’accord, à être touché, à ne pas l’être. Tout ce que peut générer une pièce de théâtre est d’une richesse capitale. Il faut le valoriser davantage, le rendre plus accessible, et ce sur tout le territoire. Et cela ne doit pas pouvoir exister seulement à Montréal. Le milieu culturel québécois est un peu montréalo-centriste, par dépit parfois car la charge administrative pour faire sortir un spectacle de Montréal est considérable.

Dans le milieu culturel, j’ai une crainte : on valorise beaucoup «l’artiste entrepreneur». Cette notion semble parfois donner au ministère de la culture la légitimité d’injecter moins d’argent dans ce secteur et aux artistes, une vision capitaliste et «rentable» de la création. Cela me fait peur, à long terme. Les artistes se trouvent déjà dans une situation précaire alors s’il fallait en plus devenir absolument des entrepreneurs pour réussir et perdurer… D’autant plus que la fibre de l’entrepreneurship n’est pas forcément donnée à tout le monde. Je ne veux pas d’un milieu culturel où l’on voit se multiplier les campagnes de socio-financement. L’État doit fournir une meilleure prise en charge aux compagnies existantes, à celles qui se créent, mais aussi aux artistes qui ne souhaitent pas être en compagnie. Il ne faut pas que la création repose sur les épaules de ce nouveau visage de «l’artiste entrepreneur».

Quoi qu’il en soit, je ne voudrais pas être ministre de la culture. Je ne pourrais pas faire de politique. Non.

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