Alexia Bürger

Alexia Bürger : autrice, comédienne, metteuse en scène | Le doute comme allié

Si j’étais ministre de la culture, je m’intéresserais au renouvellement des publics. J’essayerais d’établir des ponts entre le milieu de la culture et celui de l’éducation car c’est par l’éducation que tout commence. Je fais partie de ceux qui croient qu’il faut être exposé à l’art pour apprendre à dialoguer avec lui, avec ses formes plus métaphoriques, moins linéaires, plus expérimentales. Je ferais donc en sorte que les jeunes aillent au théâtre, voir des expositions, de la musique afin qu’ils développent leur propre lien avec les œuvres et qu’ils trouvent leur place au sein de ses œuvres. Il faut savoir se faire confiance pour être en dialogue avec des œuvres. Il faut les aborder d’une manière libre. Cela peut s’apprendre avec de bons professeurs. Les jeunes doivent apprendre que leur interprétation d’une œuvre quelle qu’elle soit est valable. Ce qu’on va chercher chez un artiste peut nous aider à mieux vivre, à nous ouvrir des portes de conscience, de possibles. Cela serait ma priorité. Si j’étais ministre de la culture, aussi, je valoriserais la recherche en arts comme on valorise la recherche en sciences. Je permettrais aux artistes de prendre le temps pour faire leurs œuvres, ce qui réclame des moyens. Je travaillerais à ce que la culture fasse partie de notre quotidien dans la société québécoise, que l’on ait un rapport plus organique avec elle. Cela passe essentiellement par l’éducation. On compte de nombreux alliés parmi les professeurs. Travaillons avec eux.

Si j’étais ministre de la culture, je tenterais de sortir du mode actuel dans lequel les artistes n’ont pas le choix de se créer sans arrêt des compagnies ou des missions pour recevoir des subventions. Je chercherais des manières d’alléger le système afin d’éviter d’avoir à fonctionner selon les modes du capitalisme. Les artistes se retrouvent obligés d’aller avec leur compagnie chercher des fonds dans le privé. Cela ne serait pas si grave s’ils n’avaient pas la nécessité de chercher à rejoindre un grand public – comme le fait la télévision avec les côtes d’écoute – et de conformer leur art à ce que le public veut supposément voir (on le suppose alors qu’il ne nous a encore rien dit). C’est trop artificiel. On doit pouvoir se permettre par l’art de questionner des choses qu’on ne peut pas questionner dans les autres sphères du monde. Je crois qu’il faut que l’art reste le plus possible à l’abri de ces exigences du capitalisme, car ces exigences-là finissent par enlever la capacité aux artistes de porter un autre regard sur le monde, et ça finit par déformer leur rapport avec le public. Il y a beaucoup de solutions concrètes à trouver. On a beaucoup fait valoir, avec raison, que la culture était rentable dans une société. Je suis d’accord mais il faut tout de même continuer à revendiquer, je crois, le fait que la sphère artistique soit à l’abri des exigences de cette rentabilité. On ne peut pas critiquer un système dominant tout en faisant entièrement partie de la dynamique de ce système-là. Sur le plan de la culture, l’apport d’un gouvernement (s’il est démocratique et qu’il n’intervient pas dans le contenu évidemment) sert à créer un espace de pensée à l’abri, je pense que c’est plus riche pour les citoyens d’avoir un vrai contact avec des paroles plus brutes, moins diluées.

Si j’étais ministre de la culture, j’installerais la parité et m’arrangerais pour que les salaires dans le domaine de la culture soient équivalents entre les hommes et les femmes. Je tenterais également de faire que la diversité soit plus présente sur nos scènes. Et pour cela je suis convaincue qu’il faut que la diversité s’inscrive dans les structures dirigeantes, sinon ce rapport à la diversité demeure superficiel et parfois même un peu «folklorique».

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