Annick Lefebvre

Annick Lefebvre : autrice | Le crachoir à révolte

Si j’étais ministre de la culture, je ferais un burn-out. Ce n’est pas une métaphore. Je ferais un burn-out sur la place publique pour témoigner d’une certaine fatigue et du sentiment permanent d’insécurité lié à l’absence d’un filet social pour les artistes. Nous nous trouvons dans le devoir qu’il ne nous arrive jamais rien (bruit de sirènes aux alentours). C’est amusant qu’une ambulance passe au moment où j’évoque un burn-out ! Peut-être ferais-je dans un deuxième temps, si mes revendications ne fonctionnent pas, une tentative de suicide. Sur la place publique. Une activiste des années 1970 sommeille en moi (rire). S’il faut poser un geste concret pour que les consciences s’éveillent, je le ferais, quitte à mettre la vie de quelqu’un en péril –à condition que l’on m’octroie une position de pouvoir et une visibilité suffisamment importantes pour qu’un tel geste soit commis. Si j’étais ministre de la culture, je me taillerais peut-être les veines à l’Assemblée nationale. Mais il faudrait tout de même qu’un discours clair précède mon suicide public. Le danger de ces gestes-là, c’est qu’ils sont souvent mal interprétés et deviennent l’objet de récupérations politiques. Ainsi, si j’étais ministre de la culture, je m’enfermerais dans un bureau afin de trouver les bons mots et d’écrire le bon manifeste qui accompagnerait un geste radical, violent et public en faveur des artistes. L’objectif serait de leur permettre d’acquérir dans un premier temps des avantages sociaux de base puis, dans un second temps, des conditions de création minimalement décentes et acceptables. Voilà ce que je ferais en tant que ministre de la culture (rire). Considérant le contexte actuel des artistes, je vais devoir travailler toute ma vie puisque je n’aurai pas accumulé d’argent. Alors si l’on me conférait un pouvoir politique, je ferais don de ma vie, je le fais déjà de toute façon !

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