Fabienne Périneau

Fabienne Périneau : autrice, comédienne | Identités meurtrières

Pauvre gouvernement (rire) ! Un-e ministre de la culture doit s’intéresser à tous les arts : peinture, cinéma, architecture, littérature, théâtre, danse, musique, etc. J’aurais du pain sur la planche. Ça doit être compliqué. Ce n’est pas évident de toujours faire entendre les voix déjà en place tout en mettant en lumière celles qui –à juste titre– ont envie de l’être, de nouvelles expressions. J’adorerais être ministre de la culture, je rencontrerais des tas de gens intéressants. J’irais également voir du côté des femmes pour tâcher de comprendre pourquoi on les entend si peu.

Je me poserais une question qui me paraît essentielle : pourquoi a-t-on besoin de la culture aujourd’hui ? Il ne s’agit pas simplement qu’elle rapporte de l’argent aux villes, aux musées, aux exposants, à ceux qui ont des théâtres, etc. La culture permet de réfléchir, mais aussi de rêver, de sortir des maladies, des deuils. Pourquoi faut-il la préserver ? À quel point la culture est-elle importante ? Elle aide à vivre. Je mettrais cela en avant au même titre que la médecine ou la défense. Il y aurait moins de guerres par exemple si nous lisions Les Identités meurtrières d’Amin Maalouf (rire).

Si j’étais ministre de la culture, je demanderais un budget plus élevé. Je me ferais mal voir du ministère de la défense. Venant du théâtre, je m’intéresserais beaucoup aux théâtres et aux compagnies (les autres seraient mécontents) et leur réserverais de l’argent. Je favoriserais la création contemporaine, les auteurs contemporains. Je ferais en sorte qu’il n’y ait pas seulement des pièces à un seul personnage, comme en écrit Fabienne Périneau (sourire). Je valoriserais les pièces avec huit, dix personnages. Le nombre de monologues reflète la situation économique du théâtre. On ne peut pas monter de pièce avec plus de cinq rôles. Je remercie le privé d’être un vivier de la création contemporaine. Un auteur contemporain aura plus de difficulté à être monté s’il écrit une pièce comptant huit personnages. C’est le reflet de notre économie. Avec un budget plus conséquent, je passerais des nuits blanches à étudier nombre de dossiers. Je tenterais de voir ce que font ces jeunes auteur-e-s qui ont du mal à monter leurs films. Je veillerais à ce qu’on ne monte pas seulement des projets avec des acteurs « bankables », on voit toujours les mêmes à l’image.

Si j’étais ministre de la culture, je serais rétrograde car j’interdirais les ordinateurs et les tablettes à l’école pour restituer les livres. Je serais tyran (rire). J’interdirais les téléréalités. Quand je pense qu’elles comptent dans le cahier des charges des télévisions pour de la création française… Quelle horreur. C’est grave.

Je créerais une passerelle avec le ministère de l’Éducation nationale. Je débloquerais des budgets pour emmener les enfants des banlieues au musée, au cinéma, au théâtre. Je vis en banlieue, je sais de quoi je parle. J’obligerais d’ailleurs tout le gouvernement à passer vingt-quatre heures en banlieue, ici à Saint-Ouen, et discuter vraiment avec les gens. C’est une catastrophe. Il le constaterait. Il verrait que les enfants ne vont pas au cinéma, au théâtre, qu’on ne leur montre pas comment trouver le chemin vers l’art. Ils pensent le théâtre réservé à une élite intellectuelle, sociale, alors ils n’osent y aller.

Si j’étais ministre de la culture, je ferais raser tous les monuments hideux que l’on construit sur les autoroutes pour les remplacer par quelque chose de beau. On habitue les gens à vivre entourés de laideurs. On ne sait plus ce qu’est le beau. Je le sais car j’ai eu la chance de vivre dans la magnifique ville qu’est Toulouse. J’inviterais les artistes à venir décorer les banlieues pour qu’elles soient belles. Je créerais une interaction entre les arts et les banlieues. Il y a un véritable emprisonnement, une sectorisation, un non-apprentissage à l’art. Les instituteurs font ce qu’ils peuvent mais les gamins ne trouvent pas le chemin à l’art. Les rares qui le trouvent sont mis en avant. Ça « fait bien ».

Enfin, si j’étais ministre de la culture, je réconcilierais le grave et le comique. On distingue trop l’un et l’autre. Tout cela doit exister ensemble.

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