Penda Diouf

Penda Diouf : autrice | Libre d’être moi

Si j’étais ministre de la culture, j’instaurerais une politique de quotas. Les institutions commencent à s’interroger sur la parité mais c’est insuffisant. Cela permet certes de constater, de comptabiliser, de mettre en lumière les discriminations sexistes, mais cela ne mène à rien sans une politique volontariste forte. Rien ne bougera si l’on se contente chaque année du même constat. C’est pourquoi je prône une politique de quotas. Je l’élargirais d’ailleurs à d’autres champs. En effet, ce qui s’applique à la question du féminisme s’applique de la même façon aux questions du handicap ou de l’ethnicité. Il faut engager une politique volontariste forte en imposant des quotas plus représentatifs de la société d’aujourd’hui. Il ne faut pas oublier que les théâtres, et les structures culturelles de manière générale, bénéficient des fonds publics et sont financés par les impôts de tous. Quand je retrouve continuellement sur scène les mêmes comédiens, blancs, de moins de 40 ans, je me demande où va notre argent. Le fait de ne pas se retrouver en miroir dans la littérature, dans les écrans de télévision, au cinéma et au théâtre empêche le développement d’une bonne estime et d’une bonne constitution de soi. C’est comme si l’on était nié, comme si l’on n’existait pas. Cela me fait penser aux quotas de 20% de HLM imposés aux municipalités : certaines villes préfèrent payer une amende plutôt que d’en construire. Il faudrait que l’amende soit si élevée qu’elle en devienne complètement dissuasive, que les gens se sentent obligés. J’ose espérer qu’à force les choses bougeront de fait, que l’on ne se posera même plus la question tant ce sera devenu une évidence. Et j’ose espérer que l’on ira jusqu’à se passer de quotas car tout sera «rééquilibré».

Si j’étais ministre de la culture, je collaborerais avec les musées pour que soit symboliquement effectué un travail autour des œuvres, notamment celles qui ont été pillées. Les musées français en regorgent. Le Bénin a porté plainte contre l’État français pour récupérer les œuvres qui ont été volées et qui devraient se trouver au Bénin plutôt qu’en France. Les biens mal-acquis. Pour résoudre cette question, ne pourrait-on pas établir un système de prêts ? Puisqu’elles appartiennent au patrimoine mondial, pourquoi les œuvres ne pourraient-elles pas circuler partout dans le monde ? Ce serait plus égalitaire. Ou alors on pourrait régler la question en effectuant une restitution pure et simple de ces œuvres –ce qui exigerait probablement un travail colossal mais pourquoi pas ? Ou alors il faudrait verser des compensations financières. (Temps) Ces questions me travaillent un peu en ce moment. Je ne vais plus au Quai Branly par exemple, cela m’énerve trop (rire).

Si j’étais ministre de la culture, je tâcherais d’organiser autrement les politiques de visas. Je pense à tous ces artistes qui ne peuvent pas venir en France pour y honorer des spectacles, des concerts, des rendez-vous. Lors de la Black Fashion Week, des créateurs n’avait pas pu s’y rendre pour de bêtes questions de visa. Je serais largement plus ouverte (rire). Même si les visas ne sont pas gérés par le ministère de la culture, je tenterais du moins d’y exercer une influence.

Si j’étais ministre de la culture, je veillerais à ce que les autrices soient davantage étudiées dans les programmes scolaires. J’accentuerais également les passerelles entre l’école et les lieux culturels. Puis je doterais d’un budget plus élevé les bibliothèques (rire). Si j’étais ministre de la culture, je me questionnerais sur la réappropriation culturelle (musique, vêtements, mode, etc.). Les gens ont tendance à aimer les productions sans vouloir voir les créateurs qui en sont à l’origine. Cela m’interroge. Enfin, si j’étais ministre de la culture, on me verrait souvent sur le terrain. Je ne resterais pas enfermée dans un ministère à prendre des décisions. Je discuterais avec les acteurs du milieu culturel pour leur demander quelles sont leurs volontés et leurs attentes. J’essaierais de construire des projets avec eux.

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