Sophie Cadieux

Sophie Cadieux : comédienne, metteuse en scène | Longue douce révolte

On a beaucoup de choses à régler dans le milieu du théâtre. On pourrait avoir plus d’aides aux créateurs. Il faut vraiment aider les individus plutôt que les structures. On injecte de l’argent dans la construction du béton avant de finalement cesser de soutenir les humains qui essayent d’habiter ce béton puis on laisse le tout mourir. Alors on a une nouvelle idée de béton (rire) puis après trois ans, on ne donne pas les moyens aux artistes d’habiter le béton. C’est absurde. On se targue tout le temps d’être définis par nos projets, par le rayonnement de nos artistes, par notre Quartier des Spectacles à Montréal, centre névralgique des produits culturels… Mais par quoi est-il habité ? On vend cette idée alors qu’à l’intérieur, les personnes qui font les choses n’en ont pas nécessairement les moyens et ne sont pas mieux rémunérés. Comme ministre de la culture, j’y serais vigilante.

Si j’étais ministre de la culture, je mettrais en place un partenariat avec le ministre de l’éducation. La culture n’est pas qu’une production culturelle, qu’un rendement économique. La culture est une façon de définir les individus qui vivent collectivement ensemble. Aujourd’hui l’idée de culture nationale et de langue unique explose parce que le monde est en grand mouvement. On doit forger une culture avec les gens qui grandissent et vivent ensemble. Cela commence à l’école en permettant aux enfants d’être en contact avec la musique, le théâtre, la danse, d’aller en voir. Et ce sans nécessairement que ça devienne de la «médiation culturelle», sans qu’on leur explique ce que signifie une chose, une œuvre. On n’a même pas besoin de leur demander ce qu’ils en pensent ni d’en parler. On peut simplement leur laisser vivre ces expériences artistiques ensemble. Ce contact avec l’art donnerait le goût à tout un peuple, à toute une génération, d’être sensible à la nécessité vitale de la culture dans le façonnement de l’individu et de la société.

Il est fréquent de croiser des gens qui disent : «J’ai vu un spectacle quand j’avais 15 ans, je n’aime pas le théâtre.» C’est rare d’avoir cette intransigeance-là avec la littérature ou le cinéma. On ne dit pas : «J’ai lu un livre quand j’avais 12 ans, je n’aime pas la lecture» ou «J’ai vu un film en 1998, je n’aime pas le cinéma.» Il faut comprendre qu’il y a autant de façons de faire l’art que de gens qui le vivent. Et si on les invitait par exemple à aller voir cinq spectacles différents ? (rire)

L’accès à la culture est un privilège réservé aux convertis, à celles et ceux qui ont la chance et les moyens de baigner là-dedans. Si j’étais ministre de la culture, je faciliterais l’accès à la culture aux moins nantis – comme certaines initiatives en France – en adaptant les prix.

Dans les dernières années, le Québec a connu un grand débat sur les passations de pouvoir. Plusieurs institutions célébraient leurs 20-25 ans d’existence, des compagnies ou des créateurs qui ont eu accès à d’énormes moyens financiers et qui ont gardé chaque année ce fonctionnement-là. Et comme les enveloppes financières au sein des conseils des arts ne grossissent pas, les nouveaux n’ont droit qu’aux miettes. Plusieurs de ces compagnies ayant entamé des processus de passation de pouvoir, le milieu culturel a remis en question la façon de distribuer l’argent et la légitimité de l’ancienneté. Est-ce parce qu’une compagnie reçoit de l’argent depuis vingt ans qu’elle devrait continuer à en avoir pour toujours ? En faisant cela, on sacrifie une génération. Ce débat que nous avons eu était très intéressant car il a permis des mouvements. Il y a eu une refonte de programmes de subventions suite à cette discussion-là. Si j’étais ministre de la culture, j’offrirais les moyens d’équilibrer davantage les parts.

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