Josiane Pinson

Josiane Pinson : comédienne, autrice, metteuse en scène, adaptatrice | Une femme pour dix hommes

Je reverrais tout le système à l’envers. Au lieu de verser d’énormes subventions à des gens qui ont déjà pignon sur rue depuis dix ans, j’irais chercher dans les coins ce qu’il se passe en décentralisation, auprès de gens qui font très honorablement leur boulot depuis tant d’années et qui n’ont jamais eu un fifrelin parce qu’il faut avoir déjà été représenté tant de fois dans tant de villes pour obtenir des aides. C’est le serpent qui se mord la queue ! C’est désespérant. Des tas de gens dont pourtant le travail le mériterait sincèrement n’ont jamais eu une subvention de leur vie, tandis que pour d’autres c’est acquis à vie alors qu’ils sont à un stade de notoriété où, de toute façon, toute la presse est là le soir de la première (et qui n’en ont plus besoin parce que, de toute manière, ils sont au Théâtre de la Ville, c’est complet avant la première…). C’est un non-sens ! Je commencerais donc par revoir ce système un peu bizarre. Ce système ressemble au principe de la vie : on ne prête qu’aux riches.

Si j’étais ministre de la culture, je remettrais de toute urgence une place de culture dans l’Éducation Nationale. Nos gamins ne savent plus ce que c’est que de découvrir un spectacle vivant. Comme la lecture, d’ailleurs. Surtout dans cette société-là –je parle comme une vieille réac que je ne suis pas (rires)– dans laquelle nous sommes tous happés par des médias tous plus alléchants les uns que les autres. On communique par mail ou par texto, on va au cinéma, on regarde des images. Nous sommes en train de perdre des choses qui ne sont pas en contradiction mais qui peuvent s’ajouter. Je trouve dommage que les mômes ne sachent plus ce qu’est une émotion dans une salle de spectacle. Ça commence très tôt. Il n’y a aucune raison pour qu’ils tombent dedans par miracle si l’éducation n’est pas faite à la maison. Il y en a un, oui, de temps en temps, qui tombe dedans par miracle, mais il n’existe aucune raison pour que les enfants tombent dedans plus tard. Cela participe à la désertification des théâtres. Les spectacles ne sont combles qu’avec le label «vu à la télé» alors que tant de richesses sont à découvrir dans les centres culturels, dans les maisons pour tous, etc. Je pense qu’il faudrait mettre le coup de projecteur exactement dans l’ombre, là où il n’est jamais, et cesser de mettre le coup de projecteur sur ce qui a déjà le coup de projecteur. À mon avis, cela commence tout petit.

Penser «éducation» et penser «aides à ceux qui n’y ont jamais accès» serait un bon début. Ce serait un bon début pour reparler de culture dans ce pays.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :