Besoin d’air

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Nous nous installons dans le sous-sol désert du Théâtre National de la Colline à Paris. Les voix se désagrègent dans leurs éclats et se réchauffent par la caféine. Ou l’inverse. Il est 10h du matin. Une heure grasse pour les autres mais une aube pour les artistes nocturnes.

Érika Gagnon © Vincent Champoux

Elle est une femme de théâtre, entièrement. Elle est une «fille de Québec», décidément. Rencontre avec la comédienne et metteuse en scène québécoise Érika Gagnon.

Théâtrices. Quelle femme êtes-vous, Érika Gagnon ?

Érika Gagnon. À ma sortie de l’école de théâtre, j’ai été engagée sur de nombreuses créations. J’étais proactive et travaillais beaucoup. Il y a neuf ans, après une vie entièrement dédiée au théâtre, j’ai choisi de fonder une famille. Tout a basculé. J’ai délaissé le théâtre pour me consacrer à ma nouvelle vocation de mère. J’ai continué à jouer comme actrice mais en étant moins présente aux représentations et moins active dans la vie de ma communauté. Toute cette énergie que peut réclamer une création, je l’investis actuellement pour m’aider à faire avancer mes deux garçons. Je ne suis pas encore prête à sortir de ma zone de confort pour retrouver l’essence même de la pratique de mon métier. Je me sens même parfois étrangère dans ce milieu dans lequel j’ai tant évolué (rire). Alors il m’arrive d’éprouver un sentiment d’imposture.

Je suis une femme qui a besoin d’air. J’ai donc choisi de m’établir au bord d’un lac à L’Ange-Gardien, une petite municipalité située près de la ville de Québec. C’est minuscule mais c’est rempli d’air et d’arbres. Ayant été élevée à la campagne, je voulais transmettre cela à mes enfants. J’ai fait un choix de vie en décidant de rester à Québec et d’abandonner mon agent il y a une quinzaine d’années, de sorte que ma carrière se déroule principalement à Québec. Mon début de carrière fut très animé. J’étais proche de plusieurs nouveaux metteurs en scène. Les jeunes de la relève actuelle font exactement la même chose. Ça fulmine, ça étincelle. J’accepterais d’embarquer n’importe quand dans une de leurs propositions mais je ne peux pas donner autant de temps qu’eux à cette recherche de ce qu’ils vont devenir. Les jeunes metteurs en scène et les jeunes acteurs font continuellement partie de tous les groupes de créateurs. La ville de Québec s’est offert ces moyens-là et a donné des ailes aux jeunes artistes. En prenant ce parti, Québec a aussi choisi de ne pas nécessairement investir auprès de ceux qui décident de rester. Mais ça c’est une autre histoire.

Parlez-moi d’une théâtrice. Quelle influence a-t-elle (eu) sur la femme et/ou l’artiste que vous êtes ?

Avant même de faire le choix de devenir actrice, alors que j’étais encore au Petit Séminaire de Québec, l’un de mes amis avec qui nous avions monté Don Quichotte et qui incarnait Sancho m’a demandé de lui donner la réplique pour ses auditions. J’ai accepté. Il avait demandé à Lise Castonguay de le préparer aux auditions. Quand nous nous sommes rencontrées, Lise Castonguay m’a demandé si je ne voulais pas préparer moi aussi les concours d’entrée à l’école de théâtre. J’ai d’abord répondu que non avant de changer d’avis deux années plus tard. J’ai contacté Lise à nouveau. Elle a accepté de me coacher. Entre temps, je l’avais vue dans deux spectacles très différents. J’avais été époustouflée de voir à quel point cette femme que je côtoyais pouvait présenter sur scène un univers totalement nouveau. Elle a une impressionnante facilité à incarner ses personnages. Quand je travaille un rôle, je vais toujours me demander comment Lise l’aborderait, comment elle le creuserait. Nous avons eu l’occasion de travailler ensemble par la suite. Je l’ai vue entrer et plonger dans un texte, sa transformation. Parfois, en répétition, elle restait extérieure à son personnage quand certains passages lui étaient encore flous. Puis de voir apparaître le personnage quelques jours plus tard, lors de la répétition suivante, parce qu’elle avait travaillé entre les deux… Cela m’émeut encore et m’émouvra toujours. Le travail de Lise Castonguay est minutieux, pointu. Chaque mot prend une signification propre au personnage qu’elle crée. On peut la voir jouer dans trois productions différentes dans une même saison et on ne voit jamais Lise, on voit toujours un être avec sa personnalité à part entière. J’ai une grande admiration pour son travail de recherche.

Lise Castonguay a comme moi choisi de rester à Québec. Nous nous sommes souvent mutuellement confortées dans ce choix de lieu de pratique de notre métier. Nous partageons aussi des atomes crochus dans notre rapport à la création. Lorsque nous avons partagé un projet ensemble il y a quelques années, nous nous situions dans les mêmes zones de travail, les mêmes zones de recherche. Nous savions ce que nous voulions laisser comme empreinte.

Que signifie pour vous « être une femme, aujourd’hui, au Québec » ?

Tant que le Québec n’aura pas une Première ministre au pouvoir pendant plus d’un mandat, le féminisme aura encore beaucoup de chemin à faire pour nous permettre l’épanouissement total.

J’ai été élevée par des parents féministes. Comme nous vivions à la campagne, je n’avais pas de cercle d’amis avec qui échanger, j’étais donc très proche de mes parents. Par cette éducation et ce façonnement, j’étais féministe dans l’âme. J’ai l’impression de ne pas avoir eu à livrer de bataille sur ce plan-là, contrairement à ma mère. Il y a eu une évolution. Je me sens privilégiée. La plupart des hommes et des femmes de ma génération ont reçu ce type d’éducation ; ce sont à nos enfants de guider la prochaine génération vers une complète acceptation du rôle actif des femmes et de leur présence dans toutes les sphères. Même si l’on dénombre beaucoup de femmes parmi les députés, on continue encore de se demander ce qu’elles vont faire quand elles vont avoir des enfants. Paradoxalement, mon propre exemple vient brouiller les cartes. J’ai le sentiment d’être devenue étrangère à mon propre métier en ayant des enfants. Toutes les femmes ne font pas ce choix. Il faut se permettre cette ouverture, cette possibilité de laisser aux hommes de prendre le lead à la maison quand des femmes choisissent de faire carrière. Ça ne doit plus être inusité.

Être une femme aujourd’hui au Québec a de grands avantages sur bon nombre de civilisations, hélas. Nous avons toutefois des progrès à accomplir et des choses à apprendre. Par exemple, le fait que l’on trouve majoritairement des femmes dans l’éducation est particulièrement symptomatique. Dans la municipalité de L’Ange-Gardien, treize des quatorze enseignants sont des femmes et l’on compte une vingtaine d’éducatrices en service de garde pour un éducateur (et celui-ci travaille à temps partiel !). Je ne comprends pas pourquoi certains métiers semblent encore réservés aux femmes. Pourquoi n’est-ce pas partagé ? Pourquoi les hommes ne sont-ils pas davantage attirés par le fait de façonner les futures générations ? L’avantage de cela, c’est que les enfants recevront une culture plus matriarcale (rire).

L’intégration des femmes originaires d’ailleurs est un autre point particulièrement délicat et qui exige un doigté extraordinaire. Il faut pourtant se pencher sérieusement sur la question. Ces dix dernières années, les premiers mouvements islamistes ont émergé, renforcés par l’arrivée des réseaux sociaux, véritables espaces d’expression des jugements hâtifs. L’un de mes oncles est libanais, ses filles sont libanaises aussi. Ils vivaient en région, à Chicoutimi, où ils étaient intégrés dans toutes sortes de milieux. Progressivement, leur nom –Hassan– est devenu une barrière, même à Ottawa où mes cousines sont allées travailler. Il y a un nouveau clivage. Il faut rebâtir des ponts afin que les mentalités ne fassent pas de mauvaises associations d’idées. Sortir les gens de leur vase-clos est une tâche complexe. Il s’agit d’un travail de fond que nous devons poursuivre afin de s’assurer une bonne intégration de ceux qui viennent en fait nous permettre la mondialisation, nous permettre de ne pas être une province déficitaire. Quand on a besoin que des gens viennent s’installer «chez nous» parce qu’on manque de main d’œuvre, il faut les accepter. Il faut accepter d’avoir à œuvrer avec eux afin de comprendre qui ils sont, comprendre comment on peut réussir à vivre ensemble sans que nous leur imposions des choses ou sans qu’ils nous en imposent non plus. Les femmes peuvent y avoir un rôle important à jouer. Si l’on continue à n’avoir que des femmes à l’éducation, alors elles seront les premières à établir les premiers ponts, à commencer par les ponts avec les élèves et avec les parents. Elles en seront les facilitatrices.

Que signifie pour vous « être une femme, aujourd’hui, dans la création théâtrale » ?

En sortant de l’école de théâtre, j’ai toujours plongé et n’ai jamais eu l’impression d’entrer dans un univers qui ne m’appartenait pas. J’ai abordé la création de multiples façons, à travers l’écriture, à travers la mise en scène, à travers le jeu, sans aucune contrainte. Chez les femmes créatrices que je côtoie –entre autres Marie-Josée Bastien, Véronique Côté, Anne-Marie Olivier– je constate une immense liberté et un désir d’aborder tous les sujets possibles. Elles n’ont pas peur de donner de l’ampleur à des personnages féminins. Au fil du temps, les valves s’ouvriront et l’on cessera de croire que les personnages masculins ont plus d’impact que les personnages féminins. La création suit l’évolution de la société. Puisque les femmes sont partout, on peut montrer des pièces dans lesquelles on trouve des personnages féminins influençant énormément tout un tas d’autres personnages. Et qu’il n’y en ait pas qu’une seule, pas une Marie Stuart ou une Antigone, mais qu’il y en ait plusieurs dans une même pièce (rire).

Récemment, un mouvement a été créé, le mouvement des Femmes pour l’Équité en Théâtre. Celui-ci a permis de vérifier le ratio de femmes engagées comme metteures en scène ou comme auteures dans les saisons des théâtres de Québec et de Montréal. J’adhère à ce mouvement, j’irais même encore plus loin. La réflexion doit se faire sur la présence des femmes dans tout ce qui est artistique : la mise en scène, l’écriture, la scénographie, le jeu, etc. Une fois que l’on aura livré cette bataille, il s’agira aussi de s’intéresser aux équipes qui entourent les productions. Étrangement, dans les bureaux de production, ce sont surtout des femmes qui travaillent pour un metteur en scène. C’est frappant. On va soutenir la carrière d’un homme en étant une équipe de femmes. Le mouvement des Femmes pour l’Équité en Théâtre ouvre une première porte. La question de la parité doit commencer à s’inscrire dans la vision des directeurs artistiques, quitte à monter un seul Shakespeare en deux ans. Parce que William Shakespeare –que j’adore par ailleurs !– ne nous a pas tellement permis de présenter énormément de figures féminines sur scène. Sans s’empêcher de programmer un Shakespeare, les directeurs artistiques doivent aussi proposer autre chose et accorder plus de place aux paroles de femmes. Les créatrices ne doivent pas craindre de se péter la gueule. Elles peuvent investir tous les espaces, qu’ils soient dédiés à la prise de risque comme le Théâtre Périscope, ou qu’ils soient plus institutionnels comme le Théâtre du Nouveau Monde ou le Théâtre du Trident. Il faut que les directrices artistiques et les directeurs artistiques osent. Ceci étant dit, on est sur la bonne voie. Ce qu’il se passe actuellement n’est pas négatif. Seulement, il y a encore de la place pour plus de risques et pour plus de paroles de femmes.

Le métier d’actrice comporte plusieurs facettes (théâtre, cinéma, télévision, doublage, etc.). Qu’est-ce qui selon vous les distingue au plan de l’interprétation ?

Je n’ai fait du doublage qu’une fois dans ma vie, pour le film Gerry d’Alain Desrochers dans lequel je jouais. Je doublais ma propre interprétation pour une scène tournée dont le son n’était pas satisfaisant. La directrice artistique qui menait la séance de doublage, un peu tannée de voir que je n’étais pas bonne en doublage (rire), a fini par me demander de faire le perroquet. Je me suis donc retrouvée à faire le perroquet. J’ai compris à mon absence d’aisance dans le domaine que ma carrière de doublage s’arrêtait là (rire).

Je suis avant tout une femme de théâtre. Pour l’interprétation théâtrale, j’ai trouvé mes outils. Parfois je me sens à l’aise, parfois moins, parfois je ne suis pas satisfaite du résultat. Mais je sais au moins que le travail s’est déployé sur une longue période : des mois à réfléchir au rôle et à imaginer toutes sortes de choses par rapport au spectacle, puis six semaines de répétition. C’est un travail de longue haleine, un travail de fond. Quand j’arrive sur scène, je me sens confortée par tout ce cheminement-là. Certes, à la première, j’ai le trac. Mais j’ai toujours l’impression de m’appuyer sur des bases solides. C’est pour cela que je suis moins habile au cinéma ou à la télévision. J’admire les gens capables de changer rapidement d’état ou de tourner les scènes dans le désordre. Je ne sais pas faire. J’ai côtoyé l’actrice Hélène Florent au début de sa carrière avant qu’elle s’installe à Montréal. Je me souviens de son immense classeur contenant le découpage de toutes ses scènes. J’étais fascinée. Je ne connais pas cela, ce n’est pas du tout mon univers. Je ne sais pas changer d’état instantanément, ce n’est pas ma force.

Au théâtre, ce sont les acteurs eux-mêmes qui se maquillent avant la représentation. Au cinéma, la transformation est réalisée par quelqu’un d’autre. Ainsi, le résultat peut être plus frappant. Pour moi, c’est une porte d’entrée dans le personnage. Quand j’ai tourné dans Gerry, j’ai été vieillie puis rajeunie. Il y avait une sorte de contact franc. C’était «facile». En plus, je n’avais pas à jouer que j’apprenais la mort de quelqu’un, ce n’était pas des émotions particulièrement intenses. Hélène Florent a souvent eu à jouer ce type de scènes émotionnellement fortes. Elle a réussi à se faire un chemin là-dedans. Je ne sais pas comment elle fait.

Au Québec, beaucoup d’acteurs font de la télévision. Ils doivent se lever à 4h du matin, réviser leur texte, arriver sur le plateau à 5h, etc. Ce n’est pas mon rythme. Au théâtre, le rythme est plus nocturne. Cela me convient davantage. Je préfère arriver au théâtre à 6h le soir qu’arriver sur un plateau de tournage à 6h le matin (rire) et être prête à me livrer, les émotions complètement éveillées à une heure pareille… Enfin, au plan de l’interprétation, je n’ai pas assez de vécu dans les différents médiums pour en dégager des spécificités. Mon travail d’actrice de théâtre s’est forgé sur plusieurs années. J’aurais donc à travailler très fort pour devenir une actrice de télévision ou de cinéma (rire). Et puis je m’exprime beaucoup avec les expressions du visage, j’appuie beaucoup avec mes mains. Je vois bien que cette expressivité n’est pas du tout efficace à la caméra.

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à une jeune fille ou jeune femme qui veut être comédienne ?

À une jeune femme qui veut être comédienne, je lui conseillerais d’être sa propre inquisitrice. Elle peut écouter les conseils qu’on lui fait mais l’essentiel est qu’elle trouve par elle-même ce qu’elle est vraiment. Qu’elle réussisse à faire en sorte que le cœur, le corps et l’esprit soient toujours en symbiose sur scène. Actuellement, je coache une jeune femme qui a un potentiel fou. Pourtant je ne peux pas l’aider à trouver son envol, je ne suis pas la bonne personne pour cela, je le sens. Je n’ai ni les mots ni les outils pour l’aider. Je sais qu’elle va trouver d’autres personnes qui, parce qu’ils auront une autre façon d’aborder le travail, vont lui donner exactement ce dont elle a besoin pour pouvoir se déployer. La seule chose que j’ai le goût de lui dire, c’est de ne pas s’arrêter maintenant, de persévérer. C’est sa voie. Les artistes dans l’âme sentent que cela fait partie d’eux.

Que lien faites-vous entre l’âge et l’image ?

J’aime les actrices et les acteurs qui vieillissent sans passer au bistouri. Je trouve ça beau. C’est bien plus proche de ce qu’on est. Je préférerai toujours le visage d’une femme fripée à un visage lisse quand celle-ci est âgée.

Je vis cette année le cap des 50 ans. Actuellement, je ne conviens ni aux rôles de mère ni aux rôles d’amante. On ne sait pas quoi faire avec moi sur scène alors je ne reçois pas de propositions. Je vais connaître cet entre-deux jusqu’à ce que mes traits vieillissent un peu et qu’on me fasse jouer les mères. Je suis dans le creux de la vague. Vais-je m’en relever ou pas ? Vais-je décider, en attendant qu’autre chose se pointe, de bifurquer un temps, ou de me relancer dans la création et ainsi explorer d’autres types de personnages féminins ? Je pense que la question est également difficile pour les hommes. Les pièces de théâtre proposent majoritairement des personnages de jeunes adultes dans la trentaine. Ce n’est pas un problème, j’ai connu cela moi-même et c’était fabuleux, j’étais très heureuse. Il y a une certaine fascination de ce qui est nouveau, de ce qui pétille, de ce qui est lumineux. Cela me fait penser à une émission de téléréalité québécoise où un homme ou une femme célibataire rencontre plusieurs personnes qu’on suit pendant quelques mois. On voit surtout des jeunes adultes dans cette émission-là. Au Québec, le format a été testé avec des personnes âgées. Les cotes d’écoute ont chuté. On a moins envie de voir des gens plus matures s’épivarder. Comme si ce n’était plus permis à cet âge-là (rire). Le concept de l’émission a complètement foiré. Ce que cela dit, c’est que lorsqu’on est jeune, tout est permis, toutes les portes s’ouvrent à soi, on peut faire ce qu’on veut, on peut avoir l’air fou, tout le monde s’en fout (rire). Et lorsqu’on est plus âgé, qu’on est censé avoir atteint un âge raisonnable, on doit être mature sinon ça n’intéresse personne. Comme si seul l’élan de la jeunesse permettait tout. Là se trouve selon moi le cœur du lien entre l’âge et l’image. Pourquoi n’avons-nous plus les mêmes permissions en vieillissant ? Je n’ai pas de réponse à cela. Je ne fais que le remarquer.

Si j’étais ministre de la culture…

Si j’étais ministre de la culture, je prendrais des mesures drastiques. Je ne serais donc jamais ministre de la culture car mes mesures ne seraient pas acceptées (rire). La difficulté d’un poste de pouvoir, c’est qu’on arrive après des choses déjà établies et qu’on est entouré de gens qui nous freinent. J’ignore dans quelle mesure Valérie Plante, la nouvelle mairesse de Montréal, peut réellement bénéficier de toute la latitude dont elle aurait besoin pour faire les changements qu’elle espère. C’est très frustrant. Si j’étais ministre, je serais frustrée (rire). Ce n’est pas vraiment un poste auquel j’aspire.

C’est frustrant parce que l’argent vient toujours mettre un frein à nos désirs. Les enveloppes culturelles ne sont pas faramineuses. On parle depuis plusieurs années de l’idée de mettre en place une enveloppe permettant les échanges entre régions et centres urbains. Si j’étais ministre de la culture, je permettrais à tous les arts de se rencontrer et accorderais une enveloppe spécifique aux déplacements. Il ne faut pas que cela vienne gruger les frais de fonctionnement des compagnies. Afin d’alléger davantage encore leurs contraintes budgétaires, les frais d’énergie d’Hydro-Québec des bâtiments appartenant au gouvernement devraient être payés par le gouvernement lui-même. C’est un point qui a été déjà discuté mais jamais mis en place.

Si j’étais ministre de la culture, j’obligerais toutes les compagnies subventionnées à être équitables dans leurs décisions. Pour qu’une compagnie se voie accorder une subvention, je lui imposerais une parité dans sa distribution ainsi que dans son équipe de création. Une mesure pareille ne pourra jamais se mettre en place car elle touche à l’artistique et je le sais, j’en suis consciente. La majorité des artistes seraient en désaccord avec mon positionnement. Ce serait trop radical. Au Québec, au théâtre, on n’a même pas encore atteint l’égalité salariale. Il faut parfois passer pendant quelques temps par une mesure drastique pour que la situation cesse d’être inéquitable.

Érika Gagnon
Propos recueillis par Mélina Kéloufi pour le blog des Théâtrices
Mai 2018 © Mélina Kéloufi

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Femmes de théâtre – Théâtre aux femmes

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