Solitudes réconciliées

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Partageant chacune une rive du même océan, notre entrevue ne pouvait avoir lieu que dans un espace aux frontières vagues. Après à peine quelques secondes d’appel vidéo, l’image se fige. Un comble pour cette femme qui refuse de se réfugier derrière les images figées, surtout celles des stéréotypes et des idées reçues.

Pascale Drevillon

En arrière-plan, un mur recouvert de ses inspirations et de ses souvenirs. Un miroir parfaitement rond encerclé d’ampoules qui grimpent le long des courbes forgées. Une affiche de spectacle exposant une banane en train de se déshabiller de sa peau. Le décor est planté.

Au cours de l’échange, tantôt elle répond à mes questions, tantôt elle m’envoie les siennes dans un virage. Here and there, elle arrose ses mots d’un peu d’anglais parce que why not après tout. Puis, au hasard de la conversation, elle délivre cette phrase impossible à caser, cette phrase qui ne rentre pas dans le cadre posé par l’entrevue mais qui se doit absolument d’exister quand même : «La valeur du dialogue, c’est donner du pouvoir à l’autre.» La réconciliation est sa clé.

Rencontre avec la comédienne et performeuse québécoise Pascale Drevillon.

Théâtrices. Quelle femme êtes-vous, Pascale Drevillon ?

Pascale Drevillon. Je suis effectivement une femme. Mais je ne suis pas qu’une femme. Au plus profond de mon identité, il y a la certitude que je dépasse l’idée du genre. La question du genre est tellement ancrée dans ma personnalité et dans l’intensité des émotions que je vis, tellement au cœur de mon travail, qu’être «une femme et rien d’autre» ne me suffit pas. J’essaye d’incarner ce que je ressens et ce que je ressens dépasse de loin l’idée du genre.

Parlez-moi d’une théâtrice. Quelle influence a-t-elle (eu) sur la femme et/ou l’artiste que vous êtes ?

Voici sept ou huit ans –c’est-à-dire avant l’école de théâtre mais après ma transition– j’ai découvert Kate Bornstein. Elle est une autrice, performeuse, comédienne et conférencière américaine. À la fin des années 1990, elle a entre autres écrit le brillant livre Gender Outlaws dans lequel elle explose l’idée du genre. Kate Bornstein a fait sa transition assez tardivement dans sa vie, à une époque où la séparation des genres n’était pas ce qu’elle est aujourd’hui. Les règles étaient alors plus strictes. Ainsi est-elle passée d’absolument homme à absolument femme, avant de réaliser qu’il ne s’agissait finalement pas de la bonne réponse à sa question et de réaliser qu’elle n’était ni tout à fait l’un, ni tout à fait l’autre. Dans Gender Outlaws, elle évoque ce positionnement d’entre-deux. Elle a tiré de ces propos-là des textes d’humour, des conférences et, surtout, le matériau de ses performances. Fin 2017, j’ai traduit et interprété l’un de ses textes dans un spectacle que nous avons appelé À ce soir. Nous le jouions au dernier étage d’un hôtel. Nous recevions un seul spectateur à la fois. Nous l’avons joué pendant deux semaines à raison de dix représentations par jour. Dix fois le même monologue de quinze minutes (rire) ! Ce texte de Kate Bornstein parle de sa transition, des positions –souvent injustifiées– des  femmes par rapport à celles des hommes et de l’importance qu’on y accorde. Ayant fait ma transition il y a dix ans, replonger dans ces questions, revenir à Kate Bornstein et interpréter ce texte aujourd’hui me donne l’impression d’avoir bouclé la boucle. Par ailleurs, pour moi qui me nourris beaucoup de cinéma et de l’imaginaire hollywoodien, je trouve cela très intéressant d’explorer la notion de performance telle que Kate Bornstein la pratique, c’est-à-dire dans une sorte de courant hyper-féministe post-contemporain (rire).

Si on parlait de mes influences au cinéma, je citerais des égéries, des femmes portant avec elles leur lot de symboles comme Nicole Kidman et Bette Midler. Au théâtre cependant, c’est plus organique, plus viscéral, plus terrestre, plus ancré.

Que signifie pour vous « être une femme, aujourd’hui, au Québec » ?

Le fait que cette question soit spécifique au Québec –et non au Canada ou à l’Amérique du Nord– porte une certaine dimension politique. J’ai grandi en région en étant un enfant de l’église, élevée par une mère séparatiste, pro-Bloc Québécois [ndlr : parti politique indépendantiste au fédéral] depuis toujours. Mon enfance a été baignée de cela, j’étais de facto séparatiste et suivais ces opinions sans me poser de question. Quand j’ai emménagé à Montréal il y a une dizaine d’années, j’ai tout de suite commencé à travailler, par un drôle de hasard, avec des œuvres de charité anglophones et des hôpitaux anglophones. J’avais un bon niveau d’anglais et, ayant étudié au Cégep pour devenir tutrice de français écrit, mon français était impeccable. Le fait d’avoir découvert progressivement ce milieu anglophone m’a fait envisager Montréal comme un 50/50, moitié franco et moitié anglo. Cependant, l’idée de ces deux solitudes m’attriste. Je le ressens beaucoup puisqu’après avoir été élevée par une mère francophone dans un Québec de région francophone, j’ai réalisé à quel point Montréal était scindée en deux et à quel point personne ne se parlait. Par mon vécu, par mon identité multiple et par mes nombreux voyages, mon regard s’est ouvert. Bref, c’est cela être une femme aujourd’hui au Québec. C’est cette conciliation. C’est faire circuler l’énergie et la parole, confronter les opinions et poser des questions qui n’ont pas nécessairement de réponse.

Ces derniers temps, j’ai aussi commencé à travailler en anglais au théâtre, notamment avec Eda Holmes, directrice artistique du Centaur Theatre (un lieu anglophone situé à Montréal). Ensemble, nous avons fait une lecture publique du texte Extra/Beautiful/U de Michaela Di Cesare dans laquelle j’incarnais le rôle d’une infirmière trans. Après cela, j’ai rejoint via le Centaur une table de concertation centrée sur la gestion des abus dans le milieu théâtral, sur la place des femmes et, entre autres, sur la réconciliation suite au mouvement #MeToo. Le fait de côtoyer des productions professionnelles anglophones me permet de constater qu’il y a des possibilités intéressantes à explorer afin de faciliter les échanges et d’améliorer le dialogue entre les gens. Le système anglophone et le système francophone ont chacun du bon à prendre de l’autre. Tout le monde peut apprendre à travailler ensemble.

Que signifie pour vous « être une femme, aujourd’hui, dans la création théâtrale » ?

Il y a au théâtre un aspect profondément humain, voire communautaire, que l’on ne retrouve pas dans des médiums plus industrialisés comme le cinéma ou la télévision. Tout le monde a sa place à la table de la création théâtrale. Tout le monde peut s’y asseoir, se regarder dans le blanc des yeux et communiquer. À un certain point de la création, s’il y a des personnes qualifiées à la mise en scène et à la production et s’il y a une équipe motivée, on peut instaurer un dialogue, même quand le texte n’existe pas encore. J’ai eu la chance de toujours faire partie de projets où mon opinion semblait valide, appréciée, écoutée, respectée.

J’apporte à mes projets ce que j’apporte à tout ce que je fais : le questionnement des idées reçues. Parfois, quand j’arrive sur une production en étant très maquillée, très arrangée, avec les talons, les bijoux et tout le kit –ce que j’appelle «mon armure»– la première image qui se dégage de cette féminité est celle d’une insécurité, d’un malaise. Parfois, c’est ce que les gens voient en premier. Cela m’intéresse de les confronter alors à autre chose par la suite et de leur montrer au fil du travail que l’inverse existe aussi. Je suis autant la fille de bois qui a grandi en région québécoise profonde que la femme trans avec sa part masculine, avec une dimension plus rough, une autorité, une force. J’ai le flair de me trouver des projets dans lesquels je peux avoir ce rôle-là.

J’ai également le flair de sentir la catastrophe avant qu’elle ne survienne quand quelque chose ne fonctionne pas au sein d’un groupe. Cela est directement lié au fait que la création théâtrale est une business très humaine où il est beaucoup affaire de personnalités. Je ne me mets pas en danger quand c’est inutile. La vie nous donne déjà suffisamment de défis à surmonter (rire). Lorsqu’il est question de mon travail et surtout lorsqu’il y a des sous en bout de ligne, je n’ai pas envie de me sentir en danger – artistiquement oui, j’aime le danger, mais pas en tant que créatrice ! S’il s’agissait pour moi d’un hobby, je pourrais faire n’importe quoi. Mais puisqu’il s’agit ici de mon travail, je tiens à des principes, à des valeurs, à une éthique.

Le métier d’actrice comporte plusieurs facettes (théâtre, cinéma, télévision, doublage, etc.). Qu’est-ce qui selon vous les distingue au plan de l’interprétation ?

Chaque médium appelle une différente facette du métier mais la base demeure toujours la même. Cela exige une intelligence, une sensibilité, une écoute de son partenaire de jeu et une écoute du public. Si l’on travaille sur un texte déjà écrit, il faut aller le chercher dans les mots, qu’importe le médium. Le plus terrible est de dépendre d’un médium, particulièrement à la télévision parce qu’on y travaille souvent rapidement et de façon paresseuse. Ce que j’ai vu des produits commerciaux télévisés proposés au Québec, tant du côté de la publicité que de la fiction, c’est une certaine paresse. Même de la part des grands réseaux de télévision. On ne va pas forcément aller chercher les meilleures personnes mais plutôt l’acteur qu’on connaît, qui a reçu un prix en telle année, ou l’acteur dont on sait qu’il est aimé du public. On retrouve plus d’expertise au cinéma. Bien sûr, il faut comparer les marchés. Par exemple, celui de la télévision aux États-Unis connaît un tournant depuis plusieurs années. On y trouve du contenu de qualité exceptionnelle, parfois supérieure à certaines productions cinématographiques. Le Québec se trouve encore dans un vieux système où règne une certaine paresse intellectuelle et où l’on ne cherche pas nécessairement à creuser les choses. Mon opinion n’est pas le résultat d’une amertume ou de mauvaises expériences, mes tournages se sont toujours déroulés à merveille et dans le respect. En revanche je suis exaspérée par le processus d’audition à la télévision, très éloigné du milieu théâtral où l’attention dans le texte et les attentes ne sont pas les mêmes. Le théâtre semble avoir développé à travers les années une remise en question des stéréotypes, une déconstruction des idées reçues et des formes plus éclatées tandis que la télévision véhicule des formes et des stéréotypes moins questionnés, moins analysés. On y fait des choses plus faciles. Cette facilité a du bon puisqu’elle est commerciale, mercantile, elle nous permet d’être payés et d’en vivre. Mais il reste encore beaucoup de travail à accomplir.

Au plan de l’interprétation, le niveau de jeu ne change pas fondamentalement d’un médium à l’autre. Au théâtre, on est dans une expérience de moment présent et de lieu présent hors pair et inégalée. Ce n’est pas comparable au live de la télévision. Il y a un aspect presque sacré dans cette expérience d’être un humain qui constate un autre humain. On ne peut pas voir le muscle d’un autre être humain tressaillir juste devant soi sans éprouver un ressenti de l’ordre du magique, de l’ancien, du sacré. Encore plus qu’au théâtre, je crois à la sacralité de la performance. Les deux se valent mais je place la performance au sommet de ma pyramide. Elle me touche davantage car elle est moins fabriquée. Contrairement à la plupart des autres médiums, le texte n’est pas le moteur ou le cœur de la performance. Je pense par exemple à la performance de Christian Lapointe qui, dans le cadre du Festival TransAmériques il y a quelques années, avait décidé de lire tout Antonin Artaud jusqu’à atteindre l’épuisement. Il s’était enfermé pendant plusieurs jours dans un théâtre, il faisait ses besoins devant le public. Il y avait un texte mais celui-ci n’était d’une certaine façon que le prétexte à sa performance. Ça dépasse les mots. La performance, c’est mettre la vie sous microscope. Ainsi, exactement dans le même temps qu’on met la vie sous microscope, on la prend dans son échelle universelle. Cette particule, cette humanité, cette énergie entre le performeur et le public vont au-delà du texte. C’est l’expérience humaine, dans un temps donné, à un moment donné. Voilà pourquoi j’estime que la performance transcende les autres médiums. Je dis cela en tant qu’artiste. Car en tant que femme de 29 ans, j’aime aussi regarder un film toute seule dans mon bureau, rideaux fermés, à la maison, rien que moi avec le film (rire). Je n’ai alors plus d’humanité, je n’ai plus de temps, je n’ai plus de lieu. Ne demeure que l’émotion à l’état pur. C’est le contrepoint de la performance, quand tout est fabriqué, dans un univers contrôlé, quasi-aseptisé. J’aime ces deux extrêmes (rire).

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à une jeune fille ou jeune femme qui veut être comédienne ?

Don’t do it ! Ne fais pas ce métier (rire) ! Fais-le seulement si tu ne peux vraiment rien faire d’autre. Fais-le seulement si tu as l’impression que c’est la seule chose qui puisse te faire sentir valide et utile en tant qu’être humain. On ne fait pas ce métier comme un passe-temps. Si l’on veut vraiment devenir comédienne, il faut être prête à en faire une vocation. C’est trop important pour mériter moins que cela. Ma vision du métier est peut-être romantique mais je trouve qu’il y a là quelque chose de nécessairement tragique, d’inévitable. En tant qu’artiste, on incarne notre air, notre temps. C’est notre rôle de donner à voir ce que signifie être humain aujourd’hui. On ne peut pas prendre ce rôle à la légère. Il faut l’intégrer entièrement à la personne que l’on est. Si tu te réveilles à 45 ans, que tes enfants viennent de quitter la maison, que tu éprouves le désir de faire du théâtre dans le sous-sol de ton église, t’es chill, fais-le ! Vas-y, arrive à l’heure, aie du fun, lis tes textes ! Ta famille et tes amis viendront te voir. C’est super ! Mais tu dois savoir faire la différence entre les deux. Parce que ce n’est absolument pas pareil.

Il m’est arrivé d’essayer de faire autre chose, soit parce que je n’étais pas prête, soit parce que j’avais d’autres expériences à vivre, soit parce que je voulais être certaine que c’était ce que j’allais faire. Je me suis laissée la liberté de fuir la pratique artistique. Je n’ai pas réussi (rire), j’y suis toujours revenue. Je sais que je pourrais trouver une job dans une tour de bureaux, un poste exécutif qui me permettrait de gagner 75 000$ par an. J’en ai l’expérience. Si jamais j’étais en trop grande difficulté financière, j’en serais capable. J’ai toujours travaillé sur un plan B car je ne suis pas faite pour vivre dans la misère (rire).

Quel lien faites-vous entre l’âge et l’image ?

La question de l’image est pour moi inévitablement liée à la transition, pas tant dans la notion du genre mais plutôt dans l’idée de reprendre le contrôle sur son image ou de changer son image. Comme pour tout le reste, je me sens tiraillée entre deux extrêmes : d’un côté la fille de bois, l’artiste, au-delà du stéréotype et au-delà de ce que la société peut attendre des femmes ; de l’autre côté la fille, voire la petite fille, qui cherche tant à plaire et à être aimée, à être belle, à être une princesse, à attirer toute la lumière et tous les regards sur elle. Ces deux extrêmes se trouvent perpétuellement en conflit. Depuis quelques temps, ce conflit devient moins violent et cause moins de dommages. J’accepte peu à peu la cohabitation simultanée de ces deux extrêmes et comprend qu’ils ne soient pas appelés ou stimulés au même moment.

Il m’est arrivé de devoir faire face au commentaire d’un homme ou d’une femme sur mon image, sur mon choix de paraître de telle ou telle manière. J’ai franchi une certaine barrière par rapport à l’importance que j’accorde à l’opinion des autres. Si une personne se permet un commentaire sur mon image, je sais la remettre à sa place poliment et efficacement et lui faire comprendre que certains commentaires sont futiles. Il y a beaucoup de propos inutiles qu’on tient par habitude, surtout à l’intention des femmes. Plus je vieillis, plus j’atteins une maturité me permettant de me détacher de ce que je représente vraiment. Quand j’estime qu’un commentaire ou un comportement est inapproprié, je sais comment le désamorcer.

Quand on est jeune, on aime avoir des réponses aux questions. Mais je me rends compte en vieillissant qu’il est important surtout de poser les bonnes questions. Le lien que je fais entre mon âge, ma féminité et l’expression de ma féminité, c’est celui d’apprendre à poser les bonnes questions et à regarder les choses sous un angle intelligent et utile.

Si j’étais ministre de la culture…

«Si» j’étais ministre de la culture. Peut-être le serai-je, qui sait ? Je ne haïrais pas ça. Pour l’instant, je ne suis pas certaine d’en avoir véritablement envie (rire). Pourtant, ce n’est pas impossible. Vers l’âge de 45 ou 50 ans, si j’ai l’impression d’avoir eu la chance de dire et de faire les choses qui m’étaient essentielles, si je suis prête à prendre toutes ces choses-là et à les monter à un autre niveau, c’est possible. Si j’étais ministre de la culture, ce que j’aurais à apporter serait probablement plus utile à l’échelle provinciale qu’à l’échelle fédérale. Je commence à comprendre comment ça marche, au Québec.

Si j’étais ministre de la culture, je placerais les peuples autochtones au cœur de mon questionnement. C’est terrible à quel point j’ai appris –moi et tous les gens de ma génération– à ignorer cette question, à ne pas regarder, à ne pas creuser, à accepter la situation comme étant inchangeable et invisible. Cette invisibilité-là est inacceptable. Je n’en reviens pas de ne pas avoir allumé plus tôt. Les peuples des Premières Nations sont diversifiés et pourtant mon discours les réduit à un unique groupe allié. La question autochtone concerne en fait une multitude de peuples. Nous ne sommes mêmes pas capables de nommer ces gens avec qui nous vivons. Nous sommes incapables de nommer les gens à qui appartiennent les terres sur lesquelles nous vivons. C’est immonde. Le fait de l’accepter comme un statu quo inévitable est intolérable.

Si j’étais ministre de la culture, je placerais également au premier plan la cause cousine de tout cela : la diversité. La diversité des arrivants nouveaux et moins nouveaux du Québec mais aussi la diversité des genres, des sexes, etc. Les identités sont plurielles. Il faut accepter que l’identité du Québec soit elle aussi plurielle. En tant que jeune nation, nous nous devons de le célébrer. Là encore il est question de réconciliation. D’être capable non seulement d’être tous assis à la même table, mais d’avoir le même pouvoir de parole, les mêmes documents de préparation avant cette rencontre et le même temps que les autres pour s’exprimer sur la question. Je ferais en sorte que chacun ait quelque chose à apporter à cette table et puisse gagner sa vie. Je constate que tout le monde aujourd’hui n’a pas la même place. Il s’agirait d’orienter un peu le débat de manière à le rendre plus juste et plus égalitaire, d’intégrer les peuples à propos desquels nous avons été brainwashés. Je me concentrerais davantage sur les populations que sur les cultures. La culture n’a pas besoin d’être contrôlée. Il est question surtout de faire voyager cette culture, qu’elle soit entendue, partagée autant localement qu’à l’étranger. C’est la seule chose qu’un ministre peut réguler.

Ma démarche s’inscrit dans l’ère du temps, dans notre génération de milléniaux. Nos vies d’Internet nous rendent conscients de la globalité et de nos erreurs. C’est ce qui a permis entre autres le mouvement de dénonciation de la violence, ce qui engendre également le mouvement de décolonisation qui commence à apparaître. Tout cela n’aurait probablement pas été possible sans les victoires du mouvement gay, sans Black Lives Matter, sans les batailles contre les pipelines aux États-Unis. Tout est lié et Internet a un rôle à jouer là-dedans. Si j’étais ministre de la culture, je ne sous-estimerais pas les nouveaux médias ni ce qui donne aux gens une opportunité d’échanger. Les médias numériques ne risquent pas de s’éteindre, au contraire. Leur présence ne fera que s’accroître.

Si j’étais ministre de la culture, je faciliterais les collaborations internationales. J’ai vécu de belles choses à la petite école lors d’échanges avec des Français. En France, voyager et aller dans un autre pays est normalisé. On pourrait développer des programmes d’échanges artistiques dans les écoles. La culture est un incroyable vecteur de communication. J’ai remarqué chez mes amis français une normalisation du voyage, du fait de se promener dans son continent et d’apprendre à connaître un peu mieux ses voisins.

Pascale Drevillon
Propos recueillis par Mélina Kéloufi pour le blog des Théâtrices
Mai 2018 © Mélina Kéloufi

Site internet : https://www.pascaledrevillon.com/
Instagram : @pascaledre

À propos de Théâtrices

Femmes de théâtre – Théâtre aux femmes

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