Le doute comme allié

Alexia Bürger © Ulysse del Drago

Alexia Bürger © Ulysse del Drago

Pour se rendre jusque chez elle, on passe devant une rangée de maisons fantômes, tristes, oubliées. Comme une faille temporelle. Le vide des bâtisses voisines contraste avec les pièces habitées de vie de sa maison, leur grisaille avec l’éclat orange de ses clémentines, leur froideur avec la chaleur réconfortante de son thé, leur abandon avec l’inévitable attraction du chocolat qu’elle dépose sur la table. Notre entrevue a lieu dans la cuisine car c’est une tradition au Québec : les conversations finissent toujours dans la cuisine. Elle prend le temps d’articuler sa pensée, de choisir ses mots avant de les lâcher dans l’air entre deux bouffées de cigarette. Rencontre avec l’autrice, comédienne et metteuse en scène québécoise Alexia Bürger.

Théâtrices. Quelle femme êtes-vous, Alexia Bürger ?

Alexia Bürger. Ça c’est une question à laquelle j’espère pouvoir répondre un jour… mais j’ai déjà certains éléments de réponse. Je suis une femme qui doute et qui a appris avec les années à se servir du doute comme d’un allié, comme d’un moteur. Je m’intéresse aux imperfections humaines, aux failles, aux zones de noirceurs. Bien que je me sente de plus en plus heureuse, que ma vie soit de plus en plus lumineuse, je reste intéressée par les zones d’ombres, les forces contradictoires, les miennes et celles des êtres en général.

Je suis une maman. Et disons que je suis une artisane. J’aime emprunter à différents médiums pour faire du théâtre car je crois beaucoup à un théâtre qui cherche. D’ailleurs je suis toujours à la recherche d’un théâtre que je n’aurais pas encore tout à fait vu ou connu, un théâtre après lequel je cours depuis longtemps, depuis très jeune en fait mais que je n’ai pas encore tout à fait réussi à saisir. Ça aussi c’est un moteur.

J’ai pris un long chemin de détours et de bifurcations avant d’arriver où je suis. J’ai tendance à ne pas me rendre du point A au point B de la façon la plus classique. Mais je suis toujours très engagée dans ce que je fais. Et je suis une femme qui se sent beaucoup mieux à l’approche de la quarantaine que je ne l’étais dans ma vingtaine. Plus souveraine, plus libre et plus affirmée, plus forte avec l’âge.

Parlez-moi d’une théâtrice. Quelle influence a-t-elle (eu) sur la femme et/ou l’artiste que vous êtes ?

C’est difficile d’en identifier une seule parmi toutes les influences que je suis allée chercher dans différents domaines artistiques. En théâtre, j’ai une admiration sans borne pour Marie Brassard. Elle est un exemple de souveraineté, une femme libre, elle a quelque chose de sauvage qui me plaît beaucoup. Elle a toujours fait ses projets avec un engagement entier. Avec Marie Brassard il me semble qu’on est dans l’art vivant avant d’être au théâtre, avant d’être dans les conventions théâtrales. J’ai aussi beaucoup appris de Marie-Thérèse Fortin en travaillant avec elle pendant plusieurs années lorsque j’étais son bras droit à la direction artistique du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui (Montréal, Québec). J’ai appris de sa façon d’en dire peu et de dire les justes choses à quelques jours d’une première quand un spectacle bascule. J’admire sa justesse et son immense précision. J’ai aussi appris beaucoup de l’actrice Catherine Bégin qui a été ma professeure à l’école de théâtre, elle était «de la vieille école» comme on dit, mais elle m’a appris à quel point la rigueur peut apporter une liberté absolue. Sinon je suis inspirée par les metteures en scène Catherine Bourgeois, Sophie Cadieux, Catherine Vidal, Brigitte Haentjens, etc. J’admire leur travail mais aussi leur démarche, leur façon de s’être affirmées et d’avoir pris la parole dans un monde où la prise de parole me semble plus facile quand on est un homme qu’une femme.

De manière plus générale, j’ai été influencée par des artistes visuelles telles que les plasticiennes Doris Salcedo ou Cindy Sherman. Je suis fascinée par la façon dont Doris Salcedo matérialise l’absence, le manque. Au cinéma, je suis une fan finie d’Andrea Arnold. Elle fait surgir une poésie hallucinante d’un hyper-réalisme très cru. Je me demande toujours comment trouver cet équivalent au théâtre. J’ai également été inspirée par de nombreuses auteures ou poètes comme Anne Hébert ou Marie Uguay. Cette dernière est une formidable poète québécoise, morte très jeune. Il y a dans sa poésie l’approche de la mort imminente alors qu’elle se trouve en plein cœur de l’adolescence. C’est très rare. C’est une poésie d’opposition. Cela fait écho à mon intérêt pour les forces contraires qui nous habitent, nos contradictions, nos failles. C’est par là que la beauté transpire et c’est là que l’art m’émeut.

Que signifie pour vous «être une femme, aujourd’hui, au Québec» ?

Il est important de spécifier que mon point de vue est celui d’une femme blanche et privilégiée ; privilégiée dans le sens où, sans être riche, je bénéficie de ressources autour de moi et ne suis donc pas dans la pauvreté. Et même de cette place-là, je dirais qu’être femme est un combat de tous les jours (rire). Être une femme aujourd’hui au Québec lorsqu’on quitte le domaine de l’intime ou du domestique, lorsqu’on entre dans le domaine de la performance et du travail, c’est marcher dans un monde d’hommes. Même si les féministes qui nous ont précédés ont fait un travail formidable, nous vivons encore, surtout dans la sphère publique, dans un monde conçu par et pour les hommes. Nous faisons quotidiennement face à des double-standards : je crois qu’on exige des femmes une assurance que l’on n’exige pas des hommes parce qu’on fait d’emblée davantage confiance aux hommes qu’aux femmes. Être une femme aujourd’hui au Québec c’est donc me poser constamment la question : dois-je me conformer à ce monde pour prendre la parole et exister et prendre un pouvoir quitte à me faire violence par moments ou dois-je réinventer des façons de faire qui soient les miennes ? En terme de manières de travailler, de temps que prennent les choses, de conciliation entre la famille et le travail. Jusqu’où dois-je m’inventer un «dossier-leurre», une façade, pour aller dans le monde ? Je n’ai pas envie de le faire. J’ai envie de faire les choses à ma manière même si cela prend plus de temps. Il s’agit d’un combat quotidien. Même si la plupart des hommes qui m’entourent sont extrêmement sensibles à ces questions et qu’ils sont féministes, nous devons nous défaire de schémas en place depuis des millénaires. À 40 ans, avec les années d’expérience, je constate que les hommes aussi expérimentés que moi ont une façon d’être et de paraître dans le monde, une assurance qui m’est complètement étrangère. À 20 ans, je n’arrivais pas à me conformer à ce monde-là et je pensais que le problème venait de moi. À 40 ans, je commence à comprendre que c’est un problème plus complexe, plus systémique, plus structurel. Cela dit, je refuse de me poser en victime : nous les femmes avons évidemment une part de responsabilité essentielle : celle de s’affirmer dans le monde. Nous devons prendre cette part, oser la prendre. Je trouve les femmes autochtones extrêmement inspirantes parce que leur lutte féministe infiltre toutes les sphères de l’existence (le rapport au territoire, à l’environnement, à la communauté, à la famille, à l’éducation). Elle est englobante. Je crois beaucoup en la force de mouvements comme Idle No More qui décide de prendre en main des enjeux sociaux d’un point de vue multiple et féminin. Les femmes autochtones sont triplement discriminées. Elles se battent quotidiennement contre le colonialisme, le patriarcat et la pauvreté. Nous avons beaucoup à apprendre d’elles, de leur résilience. La volonté de faire les choses autrement insuffle une force hallucinante. C’est en cela que je suis constamment inspirée par les femmes que je vois s’organiser et se revendiquer dans leurs spécificités face au monde, dans leurs différences et aux travers de leurs racines.

Que signifie pour vous «être une femme, aujourd’hui, dans la création théâtrale» ?

Personnellement je sens, en mise en scène, une volonté des directeurs-trices artistiques d’aller chercher des femmes. Je mentirais en disant que le fait d’être une femme me nuise vis-à-vis des subventions ou des directions artistiques. La vérité c’est que je sens énormément de mains tendues. Cependant j’ai toujours eu du mal à aller cogner aux portes, même lorsque je me trouvais dans un lieu qui pouvait sembler privilégié (lorsque je travaillais au Théâtre d’Aujourd’hui par exemple). Pendant longtemps, j’ai eu du mal à prendre ma place. Or si on ne la prend pas, personne ne nous la donne. Mais j’ai l’impression que chaque fois que j’ai pris mon courage pour aller cogner à une porte, on m’a été favorable. C’est mon expérience personnelle mais ce n’est pas un sentiment partagé par toutes les femmes de notre communauté artistique, et les voix s’élèvent, avec raison, pour réclamer la parité dans les programmation. Il manque de femmes auteures, metteures en scène, actrices et conceptrices dans nos théâtres et il faut trouver des moyens concrets pour remédier à la situation, il faut que tout le monde prenne ses responsabilités et il faut sensibiliser les jeunes (femmes mais aussi hommes) aux défis auxquels les femmes feront face en entrant sur le marché du travail, inciter les jeunes femmes à prendre davantage la parole par le biais de leurs œuvres. Et continuer, inversement, à pousser les hommes à prendre une place, à exister entièrement en dehors des sphères de la performance. Au Théâtre d’Aujourd’hui, dans les trois dernières années, seul un quart des projets ont été déposés par des femmes alors qu’elles représentent la moitié de la population. À valeur artistique égale, les directions artistiques (sans leur enlever leur part indiscutable de responsabilité dans l’équité du milieu) ont quand même plus de chances d’être interpelées par des textes d’hommes. Elles doivent jongler avec cela, même lorsqu’elles sont sensibles à la cause.

Personnellement le fait d’oser frapper à une porte, d’oser prendre la parole m’a été complexe et difficile sur un plan personnel. Cela n’est certainement pas étranger au fait que je sois une femme. On grandit en apprenant socialement à servir, à être toujours la bonne personne au bon moment, à s’adapter sans arrêt au monde. Pendant de longues années, je me suis contentée d’être là où je sentais qu’on avait besoin de moi et c’est très traître parce que cette façon d’être peut finir par nous rendre étranger à nos propres désirs. Et ce rapport au désir est primordial pour créer ! Apprendre à prendre sa place dans sa spécificité, dans ses propres souliers n’est pas chose facile. Et puis quand on a un enfant, être une femme dans la création théâtrale signifie aussi de multiples petits combats quotidiens pour concilier son émancipation artistique et l’émancipation de son enfant. Concrètement, la maternité altère aussi notre pouvoir économique et donc ça réduit parfois les choix qui s’offrent à nous. Certains des choix qu’on doit faire ont des conséquences sur le temps que l’on peut consacrer à notre art. En même temps, on devient extrêmement efficace dans le peu de temps qu’on a. Être mère et travailler sur le plan artistique est certes difficile mais cela nous concentre. On va droit à l’essentiel.

Nous sommes nombreuses à nous questionner sur la place des femmes au théâtre. J’en reviens toujours à l’éducation. Ce qui m’a manqué dans mon parcours, c’est un empowerment de base. Cette envie de créer existait déjà en moi très jeune – j’avais 7 ou 8 ans – mais je me suis tue longtemps avant d’exprimer cette envie-là parce que je me sentais étrangère au monde de la performance, du travail. Il faut agir à sa manière même si cela prend plus de temps. J’aurais aimé qu’on me le dise quand j’avais 20 ans. Finalement j’ai envie d’embrasser cette différence. C’est loin d’être désespéré. C’est un combat plein d’espoir.

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à une jeune fille ou jeune femme qui veut être comédienne ?

Je pense que nos forces et nos faiblesses sont indissociables. J’aurais envie de lui dire : sache que tes forces sont aussi tes faiblesses. On a tendance à les séparer d’un point de vue binaire, manichéen, alors que c’est beau de penser que ce qui nous définit et nous permet de prendre notre place dans le monde est aussi parfois ce qui nous fera trébucher et… nous relever ensuite. Trouve la source, un endroit à l’abri du monde. Une fois que tu as trouvé cette source je pense que tu peux entrer en vrai contact avec les choses et les gens qui t’entourent, être touchée, ébranlée, plier sans jamais te casser. Être comédienne c’est vivre dans le regard de l’autre, dans le désir de l’autre, c’est en dépendre constamment. Si tu trouves l’endroit en toi où les choses sont vraies, un endroit qui te soit complètement singulier, alors on va te prendre et te choisir pour ce que tu es. Ne te conforme pas. Sois toi-même. C’est quétaine mais vrai. Il ne faut s’empêcher de rien mais ne pas se perdre de vue pour se conformer à un désir. Jamais. Si les désirs des autres exigent que tu te perdes de vue alors sauve-toi en courant, il n’y aura rien à aller chercher là (rire). L’un de mes professeurs à l’école de théâtre m’avait dit : «On fait des carrières qui nous ressemblent.» J’y crois beaucoup. C’est bon de le savoir. L’essence de qui l’on est, de notre rapport au monde et de ce que l’on a à y apporter nous rattrape toujours.

Quel lien faites-vous entre l’âge et l’image ?

Plus je vieillis, moins je me tracasse avec des questions d’image. Plus j’ai envie d’être fidèle à ce que je suis, moins j’ai peur du jugement. Se débarrasser de la peur du jugement c’est de l’or. C’est ce qui s’approche le plus de la liberté je crois. J’ai eu beaucoup de difficulté à l’acquérir. Il a fallu tomber et se relever, il a fallu que la vie me traverse pour y parvenir. Mon intérêt se porte de plus en plus sur le regard des gens que j’aime et de moins en moins sur le regard de ceux que je ne connais pas. Je n’y perds plus d’énergie. C’est juste que parfois j’aimerais avoir la forme et l’énergie de mes 20 ans avec l’état d’esprit dans lequel je me trouve maintenant à 40 ans. J’ai l’impression qu’avoir des enfants aide comme femme à accepter de vieillir parce qu’il y a une vie qui se prolonge à l’extérieur de nous et ça nous évite de rechercher notre jeunesse avec nostalgie. Comme une passation naturelle des forces vives de la vie.

Notre peur de la mort se cristallise dans ce rapport à l’image que l’on peut avoir en vieillissant. Parce que nous sommes riches et privilégiés, nous réussissons à balayer la mort de notre quotidien ou à nous faire croire qu’elle n’existe pas. Mais la mort est plus forte que nous, c’est une évidence qu’il faut s’employer à accepter. Cette négation de la mort c’est un combat perdu d’avance et je crois que ça engendre souvent des névroses liées à l’image de notre corps vieillissant. Cependant je vois beaucoup de filles et de femmes préoccupées par leur poids, et en ce sens avoir 20 ans aussi est très difficile. Se conformer aux désirs d’une société est un immense fardeau. J’ai été choquée par l’histoire de Safia Nolin. On n’a jamais reproché à un homme de ne pas soigner son image, au contraire, c’est rock and roll pour un gars. Au sujet de Safia Nolin, des personnes disent qu’elle l’a fait exprès, qu’elle a fait un statement. Non ! Cette fille-là n’a pas fait de statement. Elle est profondément comme ça et a décidé d’assumer publiquement qui elle est réellement. Elle a choisi de ne pas se fabriquer un «dossier-leurre». Nous ne sommes pas habitués à cela : «What you see is what you get.». Tellement pas habitués que ça nous choque encore plus que l’hypocrisie. C’est quand même hallucinant.

On est tous en train de se faire croire qu’un homme qui vieillit c’est charmant et qu’une femme qui vieillit ce n’est pas sexy. Le plus terrible, c’est que les hommes ne sont pas les seuls à nous dicter cela. Nous nous le dictons entre femmes et à nous-mêmes. Pourtant je connais plein de femmes qui vieillissent magnifiquement. Ces femmes sont belles parce qu’elles n’ont jamais cessé d’évoluer, parce qu’elles sont en constant mouvement, parce qu’elle s’emploient chaque jour à accepter leur propre impermanence et celle du monde. Celles-là sont magnifiques jusque dans leurs rides. Celles-là me donnent envie de vieillir.

Si j’étais ministre de la culture…

Si j’étais ministre de la culture, je m’intéresserais au renouvellement des publics. J’essayerais d’établir des ponts entre le milieu de la culture et celui de l’éducation car c’est par l’éducation que tout commence. Je fais partie de ceux qui croient qu’il faut être exposé à l’art pour apprendre à dialoguer avec lui, avec ses formes plus métaphoriques, moins linéaires, plus expérimentales. Je ferais donc en sorte que les jeunes aillent au théâtre, voir des expositions, de la musique afin qu’ils développent leur propre lien avec les œuvres et qu’ils trouvent leur place au sein de ses œuvres. Il faut savoir se faire confiance pour être en dialogue avec des œuvres. Il faut les aborder d’une manière libre. Cela peut s’apprendre avec de bons professeurs. Les jeunes doivent apprendre que leur interprétation d’une œuvre quelle qu’elle soit est valable. Ce qu’on va chercher chez un artiste peut nous aider à mieux vivre, à nous ouvrir des portes de conscience, de possibles. Cela serait ma priorité. Si j’étais ministre de la culture, aussi, je valoriserais la recherche en arts comme on valorise la recherche en sciences. Je permettrais aux artistes de prendre le temps pour faire leurs œuvres, ce qui réclame des moyens. Je travaillerais à ce que la culture fasse partie de notre quotidien dans la société québécoise, que l’on ait un rapport plus organique avec elle. Cela passe essentiellement par l’éducation. On compte de nombreux alliés parmi les professeurs. Travaillons avec eux.

Si j’étais ministre de la culture, je tenterais de sortir du mode actuel dans lequel les artistes n’ont pas le choix de se créer sans arrêt des compagnies ou des missions pour recevoir des subventions. Je chercherais des manières d’alléger le système afin d’éviter d’avoir à fonctionner selon les modes du capitalisme. Les artistes se retrouvent obligés d’aller avec leur compagnie chercher des fonds dans le privé. Cela ne serait pas si grave s’ils n’avaient pas la nécessité de chercher à rejoindre un grand public – comme le fait la télévision avec les côtes d’écoute – et de conformer leur art à ce que le public veut supposément voir (on le suppose alors qu’il ne nous a encore rien dit). C’est trop artificiel. On doit pouvoir se permettre par l’art de questionner des choses qu’on ne peut pas questionner dans les autres sphères du monde. Je crois qu’il faut que l’art reste le plus possible à l’abri de ces exigences du capitalisme, car ces exigences-là finissent par enlever la capacité aux artistes de porter un autre regard sur le monde, et ça finit par déformer leur rapport avec le public. Il y a beaucoup de solutions concrètes à trouver. On a beaucoup fait valoir, avec raison, que la culture était rentable dans une société. Je suis d’accord mais il faut tout de même continuer à revendiquer, je crois, le fait que la sphère artistique soit à l’abri des exigences de cette rentabilité. On ne peut pas critiquer un système dominant tout en faisant entièrement partie de la dynamique de ce système-là. Sur le plan de la culture, l’apport d’un gouvernement (s’il est démocratique et qu’il n’intervient pas dans le contenu évidemment) sert à créer un espace de pensée à l’abri, je pense que c’est plus riche pour les citoyens d’avoir un vrai contact avec des paroles plus brutes, moins diluées.

Si j’étais ministre de la culture, j’installerais la parité et m’arrangerais pour que les salaires dans le domaine de la culture soient équivalents entre les hommes et les femmes. Je tenterais également de faire que la diversité soit plus présente sur nos scènes. Et pour cela je suis convaincue qu’il faut que la diversité s’inscrive dans les structures dirigeantes, sinon ce rapport à la diversité demeure superficiel et parfois même un peu «folklorique».

Alexia Bürger
Propos recueillis par Mélina Kéloufi pour le blog des Théâtrices
Décembre 2016 © Mélina Kéloufi

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Femmes de théâtre – Théâtre aux femmes

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