Refuser le compromis

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Stéphanie Blanchoud

Stéphanie Blanchoud

Elle est à la fois comédienne au théâtre, au cinéma et à la télévision. Elle est à la fois autrice, metteuse en scène et chanteuse. Elle est à la fois belge et suisse. Elle plonge dans toutes ses envies sans modération. Rencontre avec Stéphanie Blanchoud.

Théâtrices. Quelle femme êtes-vous, Stéphanie Blanchoud ?

Stéphanie Blanchoud. Je fais ce métier car j’aime raconter des histoires. Je suis spontanée, vivante, assez sauvage, passionnée. Je me situe toujours entre l’envie de bouger et l’envie de m’installer, entre l’envie de vivre un million d’expériences et l’envie d’être parfois retirée du monde. Je ne suis pas très modérée !

Parlez-moi d’une théâtrice. Quelle influence a-t-elle (eu) sur la femme et/ou l’artiste que vous êtes ?

Je n’ai pas de «théâtrice préférée» mais le premier nom qui me vient à l’esprit est celui de Véronique Olmi. Elle est sans doute celle dont je connais le mieux le théâtre. Son écriture m’a donnée envie de jouer. J’ai tenté le Conservatoire avec l’un de ses textes. Ce qui m’a plu en découvrant ses pièces comme Chaos debout ou Les nuits sans lune c’est l’énergie corporelle de ses personnages. Il y a quelque chose de Anton Tchekhov qui me touche et me bouleverse. On «sent» les personnages, à la simple lecture. Chez Véronique, ce n’est jamais trop bavard ou alors ça l’est pour une bonne raison. Je ressens physiquement ses histoires en les lisant.

En revanche ce qui me donne envie d’écrire c’est avant tout le monde autour de moi.

Que signifie pour vous «être une femme, aujourd’hui, dans le monde» ?

Ce n’est pas toujours évident d’être une femme car on se retrouve souvent dans un rapport de séduction. Nous sommes d’abord regardées comme des femmes ; puis ensuite l’on s’intéresse à notre jeu, à ce que nous avons à dire, à comment nous le disons, etc.

J’ai la chance d’être dans un pays où les femmes sont libres. Il y a certes moins de femmes que d’hommes qui sont jouées, qui mettent en scène, qui dirigent des lieux mais je sens que ça évolue.

Selon vous, quelle place occupent les femmes dans l’écriture théâtrale ?

Je ne me pose pas cette question. Il est compliqué de défendre un projet, que l’on soit face à un homme ou face à une femme, que l’on soit un homme ou que l’on soit une femme. Ma condition d’artiste-femme dans mon petit milieu n’est pas l’endroit de ma révolte, cela a même peu d’importance. En revanche, la condition des femmes dans le monde, dans les pays du Moyen-Orient, voilà l’endroit d’une révolte.

Selon vous, quelle place occupent les femmes dans la mise en scène ?

Il est grand temps que les femmes puissent avoir la même importance que les hommes au niveau de la création… mais en même temps, c’est un petit challenge (sourire).

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à une jeune fille ou jeune femme qui veut être comédienne ?

Il est important d’avoir des envies mais il faut se protéger, ne pas s’éparpiller. Quand je ne joue pas, j’ai la chance de pouvoir être en train d’écrire ou faire de la musique. Je ressens aussi le besoin d’être en contact avec la vraie vie pour mieux revenir dans ma bulle qu’est le monde artistique. Cela me permet de garder un équilibre. Dans le métier d’acteur, les contrecoups peuvent parfois être violents (la fin d’un tournage par exemple). Il faut gérer ces hauts et ces bas sans se décourager.

Ne pas trop écouter les avis de tous car ce qui compte, c’est d’essayer. J’ai mis du temps à comprendre qu’il fallait faire confiance à son instinct. En tant qu’artistes, je pense que nous avons une sensibilité particulièrement exarcerbée et nous apprenons à utiliser et écouter notre instinct, c’est ce qui nous permet de tenir le coup. C’est pourquoi j’encourage à utiliser ses failles, ses failles, ses failles. Faire avec ce qu’on est. Si quelqu’un sent à l’intérieur de lui-même qu’il doit être acteur, qu’il le soit !

Toujours sentir la nécessité de nos projets. Si on monte sur un plateau, il faut être convaincu à 400% que l’on a quelque chose à y faire. Bien sûr, certains mois, on travaille pour manger, mais en termes de création, on ne peut pas porter un projet sans que ce soit nécessaire à l’intérieur de soi.

Je suis sortie du Conservatoire [ndlr : le Conservatoire Royal de Bruxelles en Art Dramatique et Déclamation] il y a dix ans. Depuis, je sens que je suis de plus en plus radicale dans ma proposition artistique. Je ne fais pas – ou de moins en moins – de compromis. Je préfère travailler trois soirs par semaine avec des amateurs qui ont une soif d’apprendre que de devoir jouer dans un spectacle que je n’ai pas envie de défendre.

Quel lien faites-vous entre l’âge et l’image ?

J’ai 34 ans et ne souffre pas (encore ?) de mon âge.

Je pense tout à coup à Nancy Huston qui a écrit ce très beau livre, Reflets dans un œil d’homme… Il existe une angoisse chez les actrices vis-à-vis de leur âge en lien direct avec leur image. Souvent, elles essaient de paraître moins âgées que ce qu’elles sont. Je crois que c’est en train de changer. Je suis parfois agréablement surprise de voir des actrices qui assument pleinement leur âge, donc leur image avec ce qu’elle peut comporter de «marques». À mon avis, cette angoisse du rapport entre l’âge et l’image est majoritairement féminine.

Si j’étais ministre de la culture…

C’est sans doute un défaut mais mon engagement se place ailleurs qu’en politique. Je ressens seulement les choses concrètement, au quotidien : le manque de budget pour les jeunes compagnies, pour les jeunes créations, pour les théâtres. À Bruxelles, des théâtres ferment faute de subventions.

Si j’étais ministre de la culture, je ferais des doubles-plateaux – en musique notamment – c’est-à-dire que j’inviterais des artistes reconnus avec des artistes moins mis en avant dans le but que les choses circulent davantage.

Si j’étais ministre de la culture, je ferais en sorte qu’il n’y ait plus en Belgique ces colossales différences entre le secteur flamand et le secteur wallon. En Flandre, les moyens sont plus importants : plus de salles, plus d’argent, plus de promotion, plus de structures, plus d’artistes reconnus qui tournent dans le monde. Il faut créer des ponts, éviter cette séparation.

J’obligerais également des ponts entre les secteurs médiatiques. Les artistes sont extrêmement soutenus par la presse écrite tandis qu’ils ne le sont absolument pas par la radio et encore moins par la télévision. Comme s’il n’y avait pas de chaîne continue. Je voudrais que les choses soient liées : si une création (que ce soit en musique, en théâtre, en danse) est soutenue par la presse écrite, il faudrait qu’elle soit aussi soutenue par les médias télévisés et radiophoniques.

Si j’étais ministre de la culture, j’obligerais les journaux télévisés de 19h et de 19h30 à recevoir chaque soir un artiste belge, quel qu’il soit (acteur, metteur en scène, chorégraphe, directeur de théâtre, chanteur, musicien, réalisateur, etc.). C’est un vrai problème en Belgique. Il faut que le public belge se sente fier de ses artistes belges et n’attende pas qu’ils soient partis dans un autre pays pour les reconnaître comme belges. On dit que la Belgique est un petit pays et on a tendance à se réfugier derrière cette excuse…

Stéphanie Blanchoud
Propos recueillis par Mélina Kéloufi pour le blog des Théâtrices
Août 2016 © Mélina Kéloufi

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Femmes de théâtre – Théâtre aux femmes

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