Revendiquer un sens

Léonore Confino © Sarah Robine

Léonore Confino © Sarah Robine

Elle codirige la compagnie des Productions du Sillon avec la théâtrice Catherine Schaub. Elle est à l’origine notamment des pièces Ring, Building, Les Uns sur les autres ou encore Le Poisson belge récemment portée sur la scène de La Pépinière à Paris. Rencontre avec l’autrice et comédienne Léonore Confino.

Théâtrices. Quelle femme êtes-vous, Léonore Confino ? 

Léonore Confino. Je me construis avec un parcours contrasté : des temps de médiocrité, d’audace aussi. Je me suis confrontée au trapèze, à des voyages, à la solitude, à la fête. J’ai perdu beaucoup de neurones en pratiquant certaines activités mais, heureusement, le cerveau est plastique et a des chances de se reconstruire si on le stimule un peu.

Aujourd’hui, je suis en accord avec le fait d’écrire des histoires pour le théâtre, dans le cadre d’une compagnie – les Productions du Sillon – au contact de toute une équipe qui collabore dans la bienveillance et l’optimisme. Et j’accepte de cette réalité qu’elle puisse changer, qu’une envie de fabriquer autre chose avec le quotidien débarque.

Parlez-moi d’une théâtrice. Quelle influence a-t-elle (eu) sur la femme et/ou l’artiste que vous êtes ? 

Agnès Jaoui est à mon sens une autrice, réalisatrice, actrice, chanteuse qui conjugue tout avec la même exigence et chaleur humaine. C’est quelqu’un qui a décidé de ne rien sacrifier, de s’écouter, de vivre pleinement chaque expérience avec tout ce qu’elle englobe. J’ai beaucoup appris en la regardant répéter Les uns sur les autres (notre avant-dernière création avec la metteure en scène Catherine Schaub) et surtout, en la regardant danser, débattre, réfléchir, aimer. J’aime que l’art soit englobé dans un mouvement de vie. Selon moi, un artiste honnête cherche à fouiller ce qui le traverse pour le restituer aux autres plutôt qu’à traquer ce qui pourrait plaire à tous. Je parle ici d’une femme mais j’aurais pu aussi parler d’hommes qui explorent leurs métier et vie avec la même générosité.

Selon vous, quelle place occupent les femmes dans l’écriture théâtrale ?

Elles sont bien présentes, actives, mais ne sont toujours pas assez prises au sérieux dans le paysage théâtral : les inégalités restent flagrantes dans la distribution des postes à responsabilité et dans les programmations. Mais ça bouge. On ne peut plus ignorer la force des Marion Aubert, Carole Fréchette, Nathalie Fillion, Natacha de Pontcharra, Alexandra Badea, Véronique Olmi… et tant d’autres qui ont des tempéraments d’écriture qu’on identifie en un coup d’œil. En revanche, je ne pense pas qu’on puisse définir un style propre aux écritures de femmes ; ce serait nier l’extraordinaire pouvoir de l’être humain sur son propre sexe.

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à une jeune fille ou jeune femme qui veut être comédienne ? 

Lire puis choisir les mots qu’elle veut transmettre. Quand avec ma collaboratrice Catherine Schaub nous cherchons des comédiennes ou comédiens, nous sommes toujours très sensibles à ceux qui font des choix forts, ne viennent pas vers un texte ou un univers par hasard, revendiquent un parcours, un sens.

Je leur conseillerais donc d’aller rencontrer les équipes artistiques qui leur font écho et d’exprimer les raisons de cette résonance. Un metteur en scène ne peut pas y être tout à fait insensible…

Quel lien faites-vous entre l’âge et l’image ?

Sur cette question, le théâtre rend peut-être plus libre qu’au cinéma. Un comédien a plus de latitude pour composer un rôle d’un autre âge. Ce qui m’intéresse dans un corps, c’est surtout de lire les rapports entre vitesse et lenteur, poids et légèreté, rondeur et raideur, fragilité et assurance. Ce sont avant tout ces types d’adjectifs qui pour moi relient un acteur à un personnage. L’âge réel a finalement peu d’importance. On peut avoir 70 ans et dégager une grande part d’enfance.

Que signifie pour vous « être une femme, aujourd’hui, en France » ?

À titre personnel, pas grand-chose. J’exerce mon travail librement, je ne me sens pas censurée, avec mon compagnon nous prenons toutes les décisions qui concernent notre vie privée ensemble et j’essaie d’enseigner à ma fille que tout lui est aussi accessible qu’à un garçon, ce qu’elle admet avec naturel. J’ai eu à faire parfois à des directeurs de théâtre qui semblaient plus concentrés sur le contenant que le contenu, mais ils deviennent de plus en plus rares : les femmes osent désormais parler, se défendre ou en rire. Le paternalisme lubrique se couvre de ridicule.

Maintenant, à l’échelle du monde… c’est une autre réalité. Je trouve par contre indigne – et c’est un discours qui se propage de plus en plus – de condamner les femmes qui ne se révoltent pas, d’un coup d’un seul, comme si elles étaient responsables de leur condition. Le processus d’émancipation est lent, et on a tendance à l’oublier.

Léonore Confino
Propos recueillis par Mélina Kéloufi pour le blog des Théâtrices
Février 2016 © Mélina Kéloufi

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Femmes de théâtre – Théâtre aux femmes

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