Grandir

Marie Den Baës

Marie Den Baës

Elle mêle dans son spectacle La Petite Marie fait sa poésie ses passions pour la poésie et le théâtre en portant notamment au plateau des textes de Marguerite Burnat-Provins, Louise Colet, Marie de France, Elisa Mercœur, Anna de Noailles, Madame de Villedieu. Rencontre avec la metteuse en scène, autrice et comédienne belge Marie Den Baës.

Théâtrices. Quelle femme êtes-vous, Marie Den Baës ?

Marie Den Baës. Je suis une femme qui grandit.

Parlez-moi d’une théâtrice. Quelle influence a-t-elle (eu) sur la femme et/ou l’artiste que vous êtes ?

Si je défends la poésie et la littérature féminine, c’est véritablement un homme qui m’a influencée et m’a lancée… Il s’agit de Jean-Louis Barrault. Sa passion pour le théâtre «coûte que coûte», sa simplicité et son humanisme m’ont donné ce déclic à «faire» du théâtre plutôt que d’y jouer ou d’en rêver. C’est grâce à lui et ses écrits, son implication, que je me suis lancée dans l’écriture d’un mémorandum en son honneur, accompagné d’un récital de poésies féminines et de mon docu-théâtre sur l’incendie de la Comédie-Française en 1900 pour présenter ma première saison théâtrale riche de trois spectacles, variés dans leur fond et forme, en 2014-2015. En parallèle, une fois le pied mis officiellement dans la poésie, je me suis véritablement attachée à de nombreuses femmes artistes, telles que Madame Blanchecotte pour son labeur, Marceline Desbordes-Valmore pour son mordant, Madame de Villedieu pour son ironie, Marie de France pour son talent chevaleresque à travers les siècles et Anna de Noailles pour son romantisme. Il y en a bien sûr tant d’autres comme Anaïs Ségalas, Louise Colet, Louisa Siefert… Toutes ces femmes de leur vécu ou de leur imaginaire, m’accompagnent et me font grandir… Mais je suis née en tant qu’artiste grâce à un homme : Jean-Louis Barrault.

Selon vous, quelle place occupent les femmes dans l’écriture théâtrale ?

Votre seconde question m’y a fait naturellement réfléchir, il y a peu de femmes auteurs de théâtre, comme proportionnellement peu de femmes auteurs littéraires. Je pense qu’il s’agit surtout d’un manque d’opportunités dans une société patriarcale où subsiste la prédominance masculine sous toutes ses formes… Je pense que la place des femmes grandit et que les femmes doivent maintenir cette croissance, elles ne doivent pas oublier d’où elles viennent, et les combats qu’elles ont si durement gagnés, il y a si peu de temps. Les femmes ne doivent pas oublier d’agir.

Selon vous, quelle place occupent les femmes dans la mise en scène ?

La mise en scène féminine apporte une sensibilité particulière car elle s’attache davantage au relationnel, à l’impalpable entre les personnages. Instinctivement, les femmes sont moins dans la performance et le symbolisme qu’elles ne sont dans l’émotionnel. Ce qui en fait une grande force pour les mises en scène à petit budget, mais aussi – et là, qu’importe les finances – dans des œuvres subjectives, relatives à un parcours de vie, une éclosion de soi ou des autres.

Que signifie pour vous « être une femme, aujourd’hui, dans le monde » ?

Être femme signifie pour moi aujourd’hui de me battre, pour demeurer artiste et continuer de grandir malgré une vie de femme qui demande encore et toujours de se marier, d’avoir des enfants. De se battre contre l’inhumanité que l’on nous impute souvent lorsque l’on est «carriériste» car une femme ne peut être «passionnée» comme un homme, il y aurait souvent une touche d’ironie ou de jugement. Il s’agit bien entendu de petits combats, grâce à tant de femmes combatives avant moi, grâce à la démocratie qui règne dans mon pays d’origine [ndlr : la Belgique] ou la république de mon pays et ma ville de cœur (Paris). Mais l’égalité n’est pas là… L’attente n’est pas la même d’un homme à une femme. Et il serait injuste de nier l’évidence.

Si j’étais ministre de la culture…

Si j’étais ministre de la culture, je mettrais en place un dispositif d’aides et de réductions, pourquoi pas même un programme de fidélité à la culture pour les classes moyennes à précaires qui ont le mérite de travailler mais ne touchent que le SMIC et donc doivent étreindre voire étouffer leur budget culture pourtant d’autant plus nécessaire pour s’alléger du fardeau professionnel quotidien. Je ne dis pas que les chômeurs ne devraient plus avoir tous les avantages qu’ils ont dans le domaine culturel ; mais il me semble injuste que lorsque l’on gagne à peine quelques euros de plus pour un labeur quotidien, on ne puisse profiter des mêmes aides. Il y a une culture du tout ou rien qui tue la nuance, principale richesse humaine, que j’aimerais rétablir si j’étais ministre de la culture.

Sur L'Homme, par L'Homme et pour L'Homme de et m.e.s. Marie Den Baës
Dès janvier 2016 au Théâtre du Temps (Paris, 11e)
Réservations par Internet ou au 01.43.55.10.88
Sur L'Homme, par L'Homme et pour L'Homme

Sur L’Homme, par L’Homme et pour L’Homme

Marie Den Baës 
Propos recueillis par Mélina Kéloufi pour le blog des Théâtrices
Novembre 2015 © Mélina Kéloufi
Publicités

À propos de Théâtrices

Femmes de théâtre – Théâtre aux femmes

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :