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Lorraine Pintal

Lorraine Pintal

Il est à la fois 11h et 17h le 30 avril dernier lorsque démarre cette « entrevue-océan » à plus de cinq mille kilomètres de distance. Comédienne, directrice de compagnie, réalisatrice pour la télévision, animatrice d’émission radiophonique, auteure, metteure en scène, directrice d’un théâtre de Montréal… L’aigle de Jean Cocteau, lui, n’avait que deux têtes. Lorraine Pintal est sortie du Conservatoire d’Art Dramatique à Montréal en 1973 et se consacre au théâtre depuis plus d’une quarantaine d’années. Elle dirige actuellement le Théâtre du Nouveau Monde (TNM) situé au cœur du Quartier des spectacles à Montréal, au Québec. Deux jours avant notre entrevue s’y jouait la première de la pièce Le Tour du monde en 80 jours adaptée du roman de Jules Verne. C’est à un tour du Québec et du monde théâtral en huit questions que Lorraine Pintal me convie ce jeudi-là. Rencontre.

Théâtrices. Quelle femme êtes-vous, Lorraine Pintal ?

Lorraine Pintal. Je suis une femme à plusieurs têtes et plusieurs chapeaux. L’art, la culture et le théâtre constituent le premier de ces chapeaux. J’ai suivi un cursus au Conservatoire d’art dramatique de Montréal. Comme il n’existe pas officiellement au Québec de cours pour permettre d’apprendre la mise en scène, je m’y suis formée par la suite sur toutes les scènes de Montréal et du Québec. Avec quelques anciens camarades de ma promotion, nous avons fondé en 1973 la compagnie de théâtre La Rallonge, collectif de création et de direction. J’ai continué à travailler comme comédienne, comme metteure en scène et, à mes heures, comme auteure. La Rallonge avait pour mandat de présenter des œuvres de répertoire – dont entre autres, celles de Bertolt Brecht et le répertoire allemand – ainsi que des œuvres de création. Lorsque j’ai commencé à être davantage sollicitée pour la mise en scène, j’ai été approchée par la télévision pour réaliser des dramatiques à Radio-Canada. Après ces quatre années consacrées à la réalisation, le Théâtre du Nouveau Monde a demandé à ce que je dépose ma candidature pour la direction artistique et générale. J’ai obtenu le poste, que j’occupe depuis bientôt vingt-trois ans. Entre temps, j’ai été approchée pour animer Vous m’en lirez tant à la radio, une émission littéraire qui m’a permis de mieux découvrir les auteurs, les maisons d’édition, la synergie et les enjeux spécifiques au milieu littéraire. J’ai quitté cette activité radiophonique trois ans plus tard et me consacre désormais principalement à la direction artistique et générale du Théâtre du Nouveau Monde, tout en continuant à faire de la mise en scène. Ma pratique a connu un autre écart : il y a un an, on m’a demandé de me présenter en politique pour le Parti Québécois ; le Québec était alors en pleine période d’élections. J’ai décidé de plonger dans l’arène politique avec l’espoir d’y faire carrière. Nous avons malheureusement subi un cuisant échec. Je suis donc revenue au Théâtre du Nouveau Monde après cette expérience qui a été marquante. Ma fonction de femme de théâtre m’amène à m’impliquer dans des groupes de pression, des organismes de représentation auprès des gouvernements pour que la cause de l’art et de la culture soit défendue sur la scène provinciale, la scène nationale et la scène internationale.

Lorsqu’on choisit de faire du théâtre ou de consacrer sa vie à la culture, il est évident que l’influence qu’a le métier sur le développement personnel est immense et difficile à quantifier. Beaucoup d’artistes le diront : la frontière entre l’art que l’on pratique et la vie privée ou intime est très mince. Si l’on veut vraiment se consacrer à cette profession, il faut accepter qu’elle prenne toute la place. Il s’agit d’un engagement complet, total. Même les vacances se prennent en fonction des endroits à visiter où il y a la possibilité de rencontrer des gens de théâtre, de découvrir de nouvelles cultures. Mon métier influence considérablement mon parcours de femme. On noue grâce aux projets artistiques des amitiés, des clans, des familles. Il y a un mélange entre la réalité et la fiction. Il faut arriver à jongler avec les deux balles et n’en faire tomber aucune. J’ai la chance de trouver un bel équilibre là-dedans. Dans tous nos rapports avec la société, avec les amis, avec les créateurs, l’artiste n’est jamais très loin. Je ne crois pas que l’on puisse exercer ce métier autrement. Telle est ma vision du théâtre. Il y en a qui se consacrent à plusieurs choses à la fois. Pour ma part, c’est ce qui motive entièrement mon parcours de vie.

Parlez-moi d’une théâtrice. Quelle influence a-t-elle (eu) sur la femme et/ou l’artiste que vous êtes ?

Plusieurs femmes artistes ont influencé mon parcours. Encore aujourd’hui, le métier de metteur en scène s’accorde trop souvent au masculin. En tant que femme, j’ai toujours senti le besoin de me trouver des alliées. Ces créatrices sont nombreuses à m’avoir procuré des moments de grâce où l’art rencontre la vie dans toute sa fragilité et sa force. Parmi elles, se trouve Ariane Mnouchkine qui m’a vivement impressionnée par ses envols épiques, son côté provocateur et ses images démesurées. J’ai eu l’occasion de la rencontrer à maintes reprises à Montréal alors qu’elle participait au Festival TransAmériques. Son spectacle Les Atrides était tout simplement monumental. J’ai pu également la revoir à la Cartoucherie alors que j’y étais allée pour assister à la création consacrée à la vie de Gandhi. Le plus fascinant dans sa démarche fut pour moi l’esprit de troupe qu’elle savait communiquer au public. Puis, il y eut Elizabeth Lecompte du Wooster Group qui a marquée mon approche des corps au théâtre par l’expression d’une sexualité débridée, un humour dérisoire et une cruauté affichée. La chorégraphe Pina Bausch m’a aussi aidée à repousser les frontières du théâtre car elle a défendu toute sa vie le droit au danseur de parler et à l’acteur de danser. Ses mises en espace empruntaient à l’opéra sa démesure, à la musique la répétition du même geste devenu mantra, au théâtre les émotions exacerbées. Son esthétisme a beaucoup influencé mes choix scéniques, notamment dans L’Asile de la pureté de Claude Gauvreau au TNM où je n’ai pas hésité à parsemer la scène de fleurs, comme Bausch l’avait elle-même fait dans sa chorégraphie Nelken (Œillets en français), pour lui rendre hommage et saluer son génie.

Selon vous, quelle place occupent les femmes dans la direction des institutions théâtrales ?

À la fin des années 1980 et à l’aube des années 1990, lorsque j’ai été nommée au Théâtre du Nouveau Monde, on a connu une effervescence de nominations de femmes à la tête d’institutions théâtrales, d’organismes de représentation (par exemple le Conseil des arts et des lettres), d’organismes d’auteurs (par exemple le Centre des auteurs dramatiques) ou encore de festivals de théâtre. Les femmes occupent depuis plus de vingt ans une très grande place à ces postes de direction. Ce mouvement de nomination de femmes a permis un changement de pratiques, de visions et de manières de gérer les grandes institutions théâtrales. On dit souvent à la blague qu’on a nommé mes paires à la tête des institutions théâtrales parce que les compagnies allaient mal, parce qu’elles se trouvaient dans des situations désastreuses – en faillite contrôlée ou en manque de public ou subissant un désengagement de l’État – et que ces femmes appelées à la rescousse allaient tout régler comme des magiciennes. C’est un peu ce qu’il s’est passé (rire). Elles sont arrivées avec une détermination, avec une façon de gérer sous un angle plus participatif, de créer des réseaux nécessaires à la survie de leurs institutions, avec une façon de travailler moins hiérarchique qui ont davantage permis la gestion collective. Ce qu’il s’est passé au Québec est révolutionnaire. Je remarque qu’à l’étranger, mes pairs à la direction et à la mise en scène sont généralement des hommes. Au festival d’Avignon, où je me rends régulièrement et où l’on peut rencontrer la majorité de nos partenaires, je peux compter sur mes doigts les femmes directrices ou metteures en scène. Toutefois, elles sont de plus en plus nombreuses. On peut faire confiance aux changements de mentalités et souhaiter la parité.

En revanche, on ne peut pas en dire autant au sein des conseils d’administration des théâtres, des maisons d’opéra, de danse, etc. On a encore du travail à faire pour obtenir l’équité dans les conseils d’administration et aux présidences de conseils d’administration. On compte de plus en plus de jeunes femmes d’affaires intéressées à soutenir le théâtre, les arts, la culture. La prochaine étape consiste à créer des modèles afin de leur permettre d’agir de manière plus active et d’occuper des postes de pouvoir. Contrairement à la France, on n’établit pas de quotas à respecter. On encourage mais on n’oblige pas. Peut-être faudrait-il passer par une obligation pour viser la parité au sein de la gouvernance d’institutions théâtrales.

Dans l’exercice de vos fonctions à la direction du Théâtre du Nouveau Monde, quelle place faites-vous aux femmes ?

Encore aujourd’hui, je n’ai pas atteint l’idéal. Le Théâtre du Nouveau Monde a deux mandats : le théâtre classique et la création. Outre certains beaux rôles féminins et la possibilité de confier des mises en scène à des femmes, le théâtre de répertoire n’offre pas un véritable équilibre. La distribution de Richard III de William Shakespeare, montée dernièrement par Brigitte Haentjens, comptait cinq femmes sur une vingtaine de rôles. Même chose pour Les Trois Mousquetaires d’après Alexandre Dumas qui sera joué cet été. Rares sont les femmes auteures considérées comme des « classiques ». Je fouille constamment ce répertoire mais on passe souvent par des adaptations d’œuvres non prévues pour le théâtre, romans ou nouvelles par exemple. J’ai eu la chance de travailler entre autres avec Nancy Huston dont j’ai adapté le roman Une adoration et mis en scène Jocaste Reine. Dans nos projets de création, on ouvre davantage la porte à des femmes auteures (Carole Fréchette ou Évelyne de la Chenelière par exemple). C’est une lutte de tous les instants. Pour qu’il y ait des femmes, il faut presque en faire une priorité dans la vision que l’on entend donner au théâtre.

Je n’ai pas atteint l’équilibre idéal pour une grande compagnie comme le Théâtre du Nouveau Monde. C’est à développer, à parfaire. J’espère quitter l’institution en ayant laissé un héritage qui permettra à celles et ceux qui me succèderont de continuer à donner une place prépondérante aux femmes. Il existe au Québec un théâtre, l’Espace Go, issu du Théâtre Expérimental des Femmes et ayant pour mandat de donner une parole prépondérante aux femmes. Il est né au moment d’une importante montée féministe qui nous venait de nos auteures américaines. Depuis une dizaine d’années, ce mouvement s’est un peu perdu. Les compagnies de théâtre visent surtout le texte qu’elles jugent le meilleur, le metteur en scène qui les interpelle davantage, sans nécessairement avoir pour priorité d’aller chercher à tout prix des artistes femmes. Les femmes à la tête des théâtres ont cette responsabilité-là. Il faut l’assumer pleinement.

Que signifie pour vous « être une femme, aujourd’hui, dans la création théâtrale » ?

Il y a trente ans, être une femme dans la création théâtrale était selon moi un avantage. On ressentait un réel besoin de révolutionner les formes d’expression et la créativité des femmes a répondu à cette nécessité. Aujourd’hui, la situation s’est normalisée mais certaines inégalités persistent encore. L’auteure Marie-Ève Gagnon a réalisé dernièrement une étude sur la position des femmes auteures. Elle y fait des pourcentages sur les textes écrits par des femmes créés sur nos scènes, sur les femmes engagées par les théâtres pour mettre en scène, etc. Les résultats sont déplorables. Les femmes à l’écriture et à la mise en scène ne trouvent pas encore la place qui leur revient. On trouve d’injustes écarts qui ont par la suite des incidences sur le niveau de vie des comédiennes. Il est clair que nous n’avons pas atteint les parités salariales, même malgré l’Union des Artistes qui défend le droit des femmes. Il y a encore une disparité au niveau des cachets. Bien que la situation se soit améliorée, il y a encore beaucoup d’outils à se donner pour que les femmes trouvent leur place dans la création théâtrale par le fait d’être jouée, d’assumer pleinement leur rôle de metteure en scène et d’avoir la chance de vivre de leur métier autant qu’un homme.

Lorsque je regarde les programmations internationales, je remarque que la proportion des femmes est minime. Les théâtres en Europe sont majoritairement dirigés par des hommes et ce sont majoritairement des hommes qui viennent y présenter leur production. Un énorme travail reste encore à faire pour sensibiliser les directeurs des festivals, des théâtres, des opéras et des grands organismes. Nous devons mener et poursuivre une réflexion et un travail collectifs au sein de nos différents milieux.

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à une jeune fille ou jeune femme qui veut être comédienne ?

Je ne suis pas quelqu’un qui donne beaucoup de conseils. En effet, ma nature de metteure en scène et de directrice artistique m’invite à développer plutôt une connivence dans le processus de création et à partager d’égale à égale la vision de l’œuvre à monter. Nous avons une réelle émergence au Québec, tant du côté des jeunes acteurs que des jeunes actrices. On a un talent fou ici. J’espère que les jeunes comédiennes avec lesquelles je suis en contact peuvent être inspirées par mon parcours et par celui d’autres femmes. J’espère que ça les encourage – à titre d’interprète ou de metteure en scène ou d’auteure –  à prendre leur destinée en main, à ne pas attendre nécessairement qu’on leur offre des projets mais à les créer elles-mêmes. Il ne faut pas avoir peur de plonger dans le vide avec un projet. Il ne faut pas avoir peur de se créer un réseau, de se lier à d’autres femmes ou à d’autres artistes afin d’être en mesure de pratiquer ce métier de manière constante. Être inactif pendant plusieurs mois est la pire chose qui puisse arriver à un comédien. Cela demande donc de poursuivre continuellement sa formation, de s’inscrire à des ateliers, de se créer des projets personnels, de trouver des moyens pour les développer, etc. Il faut une grande débrouillardise, une autonomie, une indépendance, et ne pas craindre d’être téméraire, tenace, entêtée. Persévérer dans ce métier réclame beaucoup de volonté, tout en maintenant bien sûr ce désir constant, cette passion constante. Il ne faut pas avoir peur de vouloir être la première à se présenter à une audition. Je suggère aussi à des comédiennes de faire des stages au sein des institutions, de demander à suivre une production afin de ne pas perdre la pratique du métier de vue et rester toujours active au sein du milieu.

Je crois beaucoup en la formation dans les écoles de théâtre. Je n’ai rien contre les autodidactes cependant je trouve qu’une formation de comédiennes, qu’elle soit donnée ici par l’École nationale de théâtre ou par le Conservatoire, est un moyen de s’intégrer très vite et très jeune au métier, de rencontrer des metteurs en scène, de rencontrer des artistes, de se définir, de se singulariser, de confirmer sa personnalité. Il est à mon avis plus facile de trouver du travail après ces trois années de formation.

Le moule de la télévision ici est particulièrement fort. Nous avons une télévision qui fait souvent appel à de jeunes talents. Le mythe de la vedette est alors inculqué très tôt lorsqu’on commence. Or le vedettariat doit être un résultat et non un but en soi. J’essaie d’encourager les jeunes comédiennes avec lesquelles je travaille de se singulariser, de ne pas entrer dans un moule. Celles que l’on remarque sont celles qui se démarquent. Une comédienne se démarque parce qu’elle est particulière, parce qu’elle a une démarche originale qui n’appartient qu’à elle et parce qu’elle n’a pas peur d’être différente. À mon sens, la différence est un plus. C’est ainsi qu’un projecteur se dirige vers une comédienne et lui permet d’aborder le métier comme seule elle peut le faire.

Je pense que les femmes se doivent d’être ambitieuses. Qu’elles osent se dire qu’un jour elles seront comédiennes, metteures en scène, auteures, directrices de théâtre. Qu’elles osent se tracer une ligne, rêver et plonger dans le vide pour les réaliser.

Que signifie pour vous « être une femme, aujourd’hui, au Québec » ?

J’estime que la société québécoise fait preuve de plus en plus d’ouverture face la place qu’elle entend donner aux femmes. Bien qu’il y ait encore des pas à franchir pour confirmer le rôle des femmes aux postes de pouvoir, il n’en demeure pas que si une femme désire prendre sa place, elle sera encouragée à aller plus loin, à prendre des directives, à réaliser ses projets. Aller chercher des moyens pour être une artiste au Québec s’avère cependant plus compliqué. La difficulté réside dans le fait d’être artiste et non dans le fait d’être une femme.

La conciliation entre le travail et la vie de famille représente encore un défi pour une femme mais il existe une belle solidarité. De nombreux outils sont à la disposition des femmes : organismes de défense de ses intérêts, aides aux femmes démunies, aux femmes monoparentales, organismes qui encouragent les jeunes femmes à prendre des rôles de pouvoir, etc. Les femmes au Québec ont ce qu’il faut pour s’épanouir et accéder à une position équivalente à celle des hommes. Sans vanter à outrance le Québec, je considère que notre société a mis en place des méthodes, des centres d’aide pour permettre aux femmes de vivre leur condition tout en étant libres et indépendantes.

Si j’étais ministre de la culture…

C’était une idée très originale qu’a lancée le Conseil Québécois du Théâtre l’an dernier. On m’avait invitée à y participer. J’ai cru bon de m’abstenir car je suis entrée en politique au même moment et des rumeurs voulaient que je sois candidate au ministère de la culture si le Parti Québécois était porté au pouvoir. J’ai donc décidé de rester discrète sur cet aspect (rire). C’était une belle idée. Ce qui me faisait rêver dans ces textes, c’est l’idéalisme et l’utopisme. Après vingt-deux années à la direction d’un théâtre, ma vision de la ministre de la culture aurait été sans doute été teintée d’idéalisme et de pragmatisme. Selon ma compréhension de la souveraineté, l’indépendance du Québec passerait obligatoirement par le rapatriement des fonds voués à la culture, actuellement gérés par le fédéral, de manière à ce que le Québec devienne totalement indépendant en matière de gestion de fonds culturels. Cet argent, on le sait, est issu de la poche du contribuable. Au Québec, nous versons autant d’impôts au gouvernement fédéral qu’au gouvernement provincial. C’est dommage que le Québec n’ait pas entièrement la main mise sur cet argent qui lui est « cédé » par le gouvernement fédéral.

Parmi tous les textes qu’ont rédigés les artistes-pigistes au Conseil Québécois du Théâtre, aucun ne parlait d’un filet social. Même s’il n’est pas parfait, nous envions le système français. Il est capital que le Québec, en lien avec le gouvernement fédéral parce que c’est sous sa juridiction, puisse aider à amoindrir la précarité du métier d’artiste-pigiste. Un filet social rejoignant toutes les politiques d’assurance chômage m’apparaît comme une voie pour contrer l’appauvrissement des artistes.

Notre politique culturelle date de 1992 et elle ne semble pas avoir évolué au même rythme que la pratique artistique. On a l’impression surtout qu’elle n’a pas franchi le 21ème siècle tant elle est désuète. Cette politique culturelle englobe la politique de diffusion culturelle à travers le Québec ainsi que la diffusion à l’international. Si j’étais ministre de la culture, je créerais un grand forum de la culture pour permettre à toutes les disciplines de se retrouver et de mettre à jour cette politique culturelle. J’ai fait partie du comité qui a rédigé la première politique culturelle de Montréal. Elle aussi date d’une vingtaine d’années. Nous sommes en retard par rapport à ce que nous aimerions rêver ensemble comme culture. Qui parle de rêves parle également, bien entendu, des moyens pour réaliser les rêves. De quelle manière arrive-t-on à convaincre les ministres des finances et les présidents du Conseil du trésor que la culture mérite plus que seulement 1% du budget national ?

Le rapatriement des fonds, le filet social et une nouvelle politique culturelle sont les trois dossiers sur lesquels j’aurais travaillé si j’avais été ministre de la culture. Je lierais tout cela aux enjeux du numérique. La révolution numérique que nous vivons partout dans le monde modifie profusément notre manière de communiquer. Le développement du jeune public et des nouveaux publics m’intéresse. Montréal est une ville très cosmopolite et la politique culturelle québécoise propose peu de programmes favorisant l’intégration des multicultures. En fait, c’est le Conseil des Arts de Montréal qui est le plus avancé sur les questions du multiculturalisme. On devrait se pencher sur le rôle que l’on souhaite dorénavant faire jouer au public au sein de nos organismes culturels. Par ailleurs, j’aurais sans doute examiné le cas des musées ainsi que le monde de la littérature ainsi que le rayonnement à l’étranger de notre culture car les artistes demeurent les ambassadeurs les plus fervents de l’identité québécoise.

Lorraine Pintal
Propos recueillis par Mélina Kéloufi pour le blog des Théâtrices
Juin 2015 © Mélina Kéloufi
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À propos de Théâtrices

Femmes de théâtre – Théâtre aux femmes

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  1. excellentet tres instructive pour les gengs comme moi qui ne sont que des amateurs de theatre de loin j »ai appris beaucoup je m excuse

    Réponse
  2. Pingback: Oser | Voyage en Érablie

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