Otages

À l’occasion du festival le Paris des Femmes, neuf autrices ont été invitées à écrire une pièce courte qui sera lue et mise en espace en janvier 2015 au Théâtre des Mathurins. Le thème imposé cette année s’intitule Le Meilleur des Mondes.

Nina Bouraoui

Nina Bouraoui

Rencontre avec l’autrice Nina Bouraoui.

Théâtrices. Quelle femme êtes-vous, Nina Bouraoui ?

Nina Bouraoui. J’essaye d’être une femme libre. De vivre, d’écrire sans peur. La peur a longtemps gouverné ma vie. C’est une forme d’énergie, mais la maturité m’a appris à la transformer, à rendre cette énergie moins mauvaise. La peur n’est plus mon moteur. J’écris toujours avec le doute car il fait avancer, mais la peur, non merci, c’est trop destructeur. Je me remets sans cesse en question. J’ai un idéal que je n’arrive jamais à atteindre et c’est très bien.

Parlez-moi d’une théâtrice. Quelle influence a-t-elle (eu) sur la femme et/ou l’artiste que vous êtes ?

Étrangement c’est à Marguerite Duras que je pense. Tous ses romans sont du théâtre. Elle m’a appris la musique, le rythme. Je déteste faire comme les autres. C’est très difficile d’avoir un style à soi. Duras m’a enseigné le souffle intérieur d’un texte. Ce qui est très important quand les mots sont portés à voix haute sur une scène.

Selon vous, quelle place occupent les femmes dans l’écriture romanesque ?

Elles occupent une place de plus en plus grande, mais le chemin est encore long. J’ai l’impression que l’on pardonne moins à une femme. Si elle a pris la liberté d’écrire, de s’exprimer, de raconter, d’inventer, elle doit être irréprochable. On est plus indulgents, il me semble, avec les hommes. Les femmes ont encore quelques chaînes aux chevilles. Prisonnières de leur état, de leur condition. Mais cela donne de la force aussi, la force de continuer, de se battre.

Que signifie pour vous « être une femme, aujourd’hui, dans le monde » ?

Être une femme aujourd’hui dans le monde c’est avoir conscience que les femmes sont encore des victimes. C’est apprendre aux fils le respect, la douceur. C’est dénoncer, sans cesse, la violence, la misogynie. C’est poursuivre le combat de nos mères et grand-mères : elles ont tant lutté pour les droits des femmes. Il ne faut pas abandonner la lutte, jamais. Nous sommes encore si fragiles.

Si j’étais ministre de la culture…

Si j’étais ministre de la culture, je protègerais les artistes. L’art c’est l’éveil et la liberté. C’est l’éducation aussi. On ne fait pas assez attention aux artistes. Avec la crise économique, l’art est devenu pour certains une « occupation » mineure. Alors que c’est le cœur d’une nation et d’un peuple. C’est par lui que nous devenons plus grands, meilleurs. L’art, c’est l’inverse de la guerre.

Parlez-moi de vos premiers pas dans l’écriture théâtrale.

J’ai écrit cette courte pièce pour le Paris des femmes à la demande de Michèle Fitoussi. J’ai tout de suite accepté, sans réfléchir. Cela me semblait être une évidence. J’ai écrit Otages avec la même ferveur que celle qui porte mes romans. J’entendais, je voyais mon personnage. Cela a été une expérience très forte. Je n’écrivais plus pour moi, mais soudain pour quelqu’un, qui allait dire aux autres. C’est une vraie chance. L’écriture doit user de tous les supports. C’est ainsi qu’elle se renforce. J’ai vraiment adoré cette expérience. C’était intense et vrai.

Son texte Otages sera mis en espace par Eric Massé
et lu le samedi 10 janvier au Théâtre des Mathurins
Nina Bouraoui
Propos recueillis par Mélina Kéloufi pour le blog des Théâtrices
Décembre 2014 © Mélina Kéloufi
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Femmes de théâtre – Théâtre aux femmes

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